Shali et Molki au pays des livres

Musique

Chopin

le 08/03/2008 à 14h31




  




   Evidemment, Chopin, ce n'est pas Cindy (il se retournerait dans sa tombe le pauvre) et ce n'est pas non plus Noir Désir, même si j'adore ce groupe.


  




   Chopin, je l'ai découverts quand j'avais six ans. Je suis allée demander à la dame de la bibliothèque si je pouvais emprunter une cassette de "Chopine". Elle n'a pas compris tout de suite. Il a fallu que je lui montre une cassette du concerto n°1, pour qu'elle me dise: "On dit Chopin, et oui tu peux l'emprunter, mais tu sais il n'y a pas de chanson." Oui merci, je sais ce que c'est que la musique classique. A six ans déjà j'adorais le piano et, comment dire, même si je ne connaissais pas le nom de tous les compositeurs, de voir un piano sur la jaquette de la cassette m'avait fait comprendre que j'allais pouvoir entendre de la musique au piano.


  




   Le matin, on n'avait pas le droit de se lever avant neuf heures et demi et moi j'étais réveillée souvent vers les sept heures. Alors, je lisais, ou j'écoutais mon walk-man.


 


   Je crois que ça a été l'un des pus grand choc artistique de ma vie. Je sais qu'on pense qu'à six ans ce n'est pas possible, mais je vous assure que si. La cassette a tournée en boucle pendant les quinze jours que durait le prêt. Lorsqu'il a fallu la rendre, j'avais le coeur serré et en même temps, j'avais hâte d'en emprunter une autre et aussi d'aller voir aux rayon livres s'il y en avait qui parlait de ce Chopin. J'ai trouvé une biographie bien sûr. Et là, je me suis dit que le monde était vraiment étrange parce que j'étais justement en train de lire La Marre au Diable de George Sand. Et l'on sait bien que Chopin et Sand ont vécu une histoire d'amour ensemble. C'est l'un des premiers couples sur lequel je me suis attendrie, bien avant Roméo et Juliette, que je ne connaissais pas encore du reste.




   Le temps a passé, et vingt ans plus tard je connais l'oeuvre de Chopin sur le bout des doigts, même si malheureusement je ne peux plus jouer de piano à cause d'une fracture du scaphoïde (le pouce). J'aime aussi Shuman et puis Mozart comme la petite Sarah de Jean-Jacques Goldman, j'aime Dvorâk, Vivaldi, Beethoven, Verdi, Brahms, Liszt, Shuber, Malher etc. Mais Chopin reste mon compositeur préféré, sans doute à cause de sa fragilité, de la façon qu'il avait de jouer du piano en appuyant à peine sur les touches, de ces préludes qui font chavirer mon coeur, de ces études qui m'emmène loin du monde...




  Etrangement, je n'ai aucun CD de Chopin, alors que j'ai des dizaines de CD de Mozart.




   Puisqu'on parlait de musique, j'ai voulu parler de ce pianiste qui s'accorde si bien avec la lecture des poèmes de Victor Hugo. Ma vie est étrange, je souffre souvent sans savoir ce qui me fait souffrir et ces deux hommes me donnent du répis. Ils sont pour moi des pères d'adoption. Je n'ai plus le mien depuis treize ans déjà. Le 20 de ce mois cela fera exactement treize ans que je ne l'ai plus, qu'il s'en est allé. Ce jour là, je vous raconterai qui il était. Je lui ai déjà rendu un hommage sur ce blog, mais rien ne m'interdit de parler de lui à nouveau. Les hommes sont des monstres, mais il existe des génies parmi eux. Chopin en est un.

 

 

Shalimar.

Tu nous manques Bertrand...

le 26/02/2008 à 23h38

 

 

Et comme les illusions croulent
Je pouvais pleurer tout mon soul
Attendons seulement le soir
Personne ne peut nous voir

 

    Noir désir a bercé mon adolescence. Le fait divers que tout le monde connaît m'a sidérée: comment ce type, qui pour moi avait tout compris sur notre putain de société et avait réussi à mettre des mots dessus, comment ce type avait pu faire cela ? Comment avait-t-il pu frapper cette femme, cette actrice - que j'aimais beaucoup en plus - , et la laisser mourir, sans intervenir ?

 

    J'ai mis du temps à pouvoir réécouter la voix de Bertrand Cantat, beaucoup de temps. Mais aujourd'hui, je l'écris, je l'affirme, je l'assume, je le hurle: il me manque terriblement, Noir Désir me manque atrocement. La situation de mon pays me donne envie de vomir, la situation mondiale, n'en parlons pas...  Ce président fantoche et insupportable, ce gouvernement pourri et ses lois iniques... Bertrand aurait trouvé les mots, le tempo pour me dire, me crier, me chuchoter toutes ces révoltes, dézinguer toutes ces ordures, vomir la saleté qui nous imprègne...

 

We can keep that beast away it still lays in its gore
We'll never stand fascism anymore
No way out no miracle, just stop it your blood
Has your neighbour really understood ?!

 

    Il était un peu une conscience, une petite porte de sortie, l'ultime vigilance. Il n'est plus là et le vide est insondable...

 

Pyromane à temps complet
J'ai mis l'feu à tout ce que j'ai touché

 

    Je me rend compte que Cantat était une sorte de médium moderne, un Cagliostro décodé trop tard et qui en a fait pleurer des ados écorchés dans leur chambre !!! Je ne peux excuser son geste, je ne connaîs pas l'homme. Mais l'artiste avait (a ?) un talent insensé pour emboîter les mots, pour marier rock dément et poésie survoltée, plus qu'inspirée. Ses combats sont toujours mes combats. Contre la bêtise, le fric roi, le pouvoir qui salit, le libéralisme triomphant, le sarkozysme écoeurant, la vie qui vous porte mais peut aussi vous briser, la révolte qui enflamme et qui brûle...

 

qui a miné la base
qui a fait sauter l'pont
qui avait disposé
du ciment sous les plaines
qui savait au debut
qu'il y aurait une fin
qui êtes vous messieurs-dames
pour me parler comme ca ?



dieux des spasmes
fils de rats
reines de coeur
fous du roi

   

     Il avait tout compris, mais l'avons-nous assez écouté ??? Le savait-il, lui qui nous avait donné l'ultime conseil: "soyons désinvoltes / n'ayons l'air de rien" ? Non, ce n'est pas encore le Grand Soir, c'est peu de le dire.

    Le pire, lorque j'observe mes élèves, lorque je les écoute, c'est ce manque de rêves. Ils n'ont plus de rêves, un peu fous, un peu incroyables. Plus d'imagination non plus: c'est trop long de rêver. Alors notre omniprésident (pour ne pas dire notre supertyran), ils l'adorent: il est inconséquent et, grâce à lui, pas besoin de beaucoup penser. Lui non plus, il ne réfléchit pas, il court !!!

 

On peut toujours saluer les petits rois de pacotille
On peut toujours espérer entrer un jour dans la famille
Sûr que tu pourras devenir un crack boursier à toi tout seul
On pourrait même envisager que tout nous explose à la gueule
Autour des oliviers palpitent les origines
Infiniment se voir rouler dans la farine

 

    Alors, voilà, notre nouvelle idole n'est pas un beau corsaire écorché vif qui dépiaute nos souffrances intimes, mais bien un beauf au sourire carnassier, à la rolex vulgaire, à la nana disqueplatinée et topmodelisée, au courage vachement relatif et à la grossiereté très assumée... Ouais... Il faut tenir et se retenir pour ne pas exploser, pour ne pas hurler son dégoût et son amertume des fins de batailles. Et se répéter, sans cesse:

 

I'm lost but I'm not stranded yet

 

    Tu nous manques Bertrand, et c'est dur parfois d'être seule et de ne pas apercevoir d'horizon...

Molki

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