Je ne peux décemment pas faire un blog littéraire sans parler de l'écrivain, ou plutôt du poète qui a changé ma vie. Oui Hugo est journaliste, épistolier, romancier, orateur etc. Mais c'est avant tout un grand poète. J'ai découvert Les contemplations lorsque j'avais quatorze ans. C'est ainsi qu'est née mon histoire avec Victor. J'avais perdu mon père, il avait perdu sa fille. Nous aurions vécu à la même époque peut-être aurions nous trouvé consolation dans la présence de l'autre. C'est très présomptueux de ma part. Je ne suis rien, je n'ai rien accompli. Mais ce Titan s'est toujours tourné vers nous, pauvres fourmies écrasées par la vie trop lourde à porter. Il a pris un peu de notre fardeau à chacun, même après sa disparition et nous a rendu l'existence plus supportable. J'ai choisi de faire de Victor Hugo mon père de substitution. Tout le monde connait ce titre de film Mon père ce héros. C'est le début de l'un de ses poèmes : Après la bataille extrait de La légende des siècles.
Après la bataille
Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
C'était un Espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sur le bord de la route.
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
Et qui disait: "A boire ! à boire par pitié ! "
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: " Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. "
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: " Caramba !"
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
" Donne-lui tout de même à boire ", dit mon père.
Cet exemple a produit sur le fils des effets prodigieusement positifs. Hugo, au XIXe siècle réclame l'égalité des sexes, dénonce la peine de mort, s'indigne devant les guerres et affirme les droits de l'enfant. On le menace: il s'exile. Il paie de sa personne et de ses propre deniers: il consacre aux plus pauvres un tiers de ses dépenses. A Guernesey, il fait servir pendant huit ans un repas hebdomadaire aux enfants miséreux et leur offre tous les vingt cinq décembre une fête avec des jouets.
Je mets ici le lien du poème que je préfère par-dessus tout car il est très long:
http://poesie.webnet.fr/poemes/France/hugo/45.html
"Celui qui ouvre une porte d'école ferme une prison"
Voilà pour les citations. L'oeuvre est trop prolifique pour que je puisse parler de tout et je crois que je n'aurai pas assez de ma vie entière pour lire tout ce qu'il a écrit, sans compter les dix-huit milles lettres que lui envoya Juliette Drouet, et tout ce que son entourage, les critiques, les admirateurs ont écrit sur lui. C'est un ensemble littéraire gigantesque sans précédent qui n'aura pas de descendent car il n'y aura jamais plus les conditions idéales pour faire naître au monde un géant tel que Victor Hugo. Un siècle de révolution, de lyrisme, de poète prophétique ce qui est en soit une expression pléonastique puisque poète en latin se dit "vates", "celui qui voit" (sous-entendu l'avenir).
Oui c'est banal de dire que notre poète préféré c'est Victor Hugo car tout le monde le connaît, même hors de France. Mais si Victor Hugo est notre poète préféré parce qu'on connait par coeur Demain dès l'aube... ça n'a pas réellement de sens. Je n'écris pas cela pour dire que je l'aime vraiment et que les autres font semblant (quoi que parfois...) mais il faut être humble devant cet homme et lui rendre ce qu'il a donné. Un amour vrai qui passe à travers la lecture de ses écrits encore et encore pour en saisir toute la richesse.
Shalimar.

