Enfin Cécile vint, et mon monde changea du tout au tout.
Depuis toujours, j’ai vécu seule. Bien sûr j’ai une famille et même une famille nombreuse, mais j’ai toujours été seule parmi tout ce monde. Seule à l’intérieur de ma tête avec une douleur dans la poitrine qui ne s’en allait jamais. Cette douleur a fait des dégâts autours de moi et mes proches ont pâti de ce qu’ils n’arrivaient pas à comprendre. Je m’en veux un peu. Mais pas tant que ça, parce que certains d’entre eux étaient en partie la cause de cette douleur.
J’ai connu huit mois de répit lorsque j’avais douze ans, mais ce fut pour plonger plus profondément dans l’enfer avec le départ de mon père. Je croyais qu’il allait me sauver, mais la maladie m’a privée de lui. J’étais nouveau seule avec ma douleur.
Le temps a passé, j’ai grandi et ma douleur aussi. J’ai voulu mourir avec autant de force que d’autre mettent à vivre. La mort n’a pas voulu de moi. Elle m’a rejetée comme tout le reste du monde me rejetait. Alors, je me suis enfermée dans la routine des tâches ménagères, de mes études, toujours seule…
Et puis un jour… J’ai cherché un ami parce que ma solitude me pesait et qu’il me semblait que parler avec quelqu’un pourrait peut-être me donner l’illusion que je n’étais pas si seule. J’ai cliqué sur une photo, j’ai jeté un message comme une bouteille à la mer et elle m’a répondu. Elle, c’est Cécile, l’amour de ma vie.
Comme moi, elle était seule avec sa douleur. Dès l’instant où l’on a échangé nos premières paroles j’ai su qu’elle était mon âme sœur. L’amie imaginaire avec qui j’avais souvent parlé seule, c’était elle.
On a tous envie de se sentir aimé sans craindre qu’un jour cela cesse. On a tous envie d’avoir des bras dans lesquels se blottir pour pouvoir oublier le reste du monde. On a tous envie d’une oreille attentive dans laquelle déverser nos peines et nos secrets sachant qu’ils seront bien gardés. On a tous envie de s’éloigner des cyniques, des sceptiques qui disent que l’amour ne dure pas toujours parce qu’on sait que nous deux c’est pour la vie. Il y a des gens autours de moi qui pensent sincèrement que ça ne durera pas toute une vie. Des gens désabusés, qui n’ont jamais vraiment aimé ou qui n’ont pas trouvé la personne qui leur était destinée.
Moi, j’ai trouvé. Peu importe qu’elle soit une fille et moi aussi. C’est avant tout une personne sans laquelle je ne suis plus rien. On dit que le coup de foudre n’existe pas, je dis qu’il existe. Je dis que mon cœur a explosé dans ma poitrine à la seconde même où je l’ai vue. Je dis que quand ses lèvres se sont posées sur les miennes la première fois, j’ai su que ça durerait toujours, qu’elle était venue au monde pour que nous nous rencontrions et que nous ne soyons plus jamais séparées. Je l’aime plus que tout, plus que n’importe qui. Quand elle n’est pas avec moi, je souffre. Une vraie douleur. L’ancienne s’est envolée le jour où nous nous sommes reconnues.
J’ai l’impression d’avoir été plongée dans un sommeil profond dès ma naissance et de m’être éveillée à son contact. Le monde que je connaissais a disparu pour laisser la place à un autre univers où les odeurs avaient un vrai parfum, la nourriture, un vrai goût, les couleurs, un véritable éclat. Et je me suis enfin sentie vivante. Mon corps, malgré ses blessures est devenu une source de plaisir. Un plaisir qui ne me faisait plus peur. Les quatre murs de ma chambre se sont effacés et j’ai vu qu’il y avait des merveilles derrière. Comme Alice, je suis passée de l’autre côté du miroir. Grâce à toi, ma Cécile. J’ai fui ma prison grise pour partir à l’aventure. Je ne pensais pas qu’un tel bonheur puisse exister dans ce monde où chacun vit replié sur soi. Je ne pensais pas que je serais capable d’éprouver autant d’amour pour une personne, au point que tout le reste n’a pas la moindre importance. La vie, autour de nous, continue de nous faire souffrir. Mais à deux nous sommes plus fortes.
Je sais que pour beaucoup de gens, nous sommes « différentes ». Certains nous haïssent, simplement parce que nous nous aimons. La société essaie de nous séparer, mais que peut-elle contre un si grand amour ? Nous avons le droit au bonheur comme n’importe qui et si on nous en prive alors on le prendra de force. Rien ne doit nous être refusé qui est accepté aux autres. Je pense à la maternité par exemple. Un jour, un médecin est entré dans ma chambre d’hôpital pour m’annoncer, entre autre, que je ne pourrai jamais porter d’enfant. Je ne suis pas la seule dans ce cas, bien sûr. Mais si je n’avais pas sauté d’un pont alors, je pourrai être mère. Comme nous ne pouvons pas retourner en arrière, mon corps restera à jamais privé du bonheur de donner la vie. Malgré tout, nous voulons fonder une famille. Peut-être pour se rapprocher des couples mariés, mais avant tout parce que comme toutes les femmes nous avons envie d’élever un enfant. Nous n’avons pas choisi la facilité, mais c’est ensemble que nous le voulons. Il existe des méthodes bien entendu, mais il semblerait que la société ait décrété que pour nous le rêve, le romantisme nous était interdit. Nous ne pouvons pas nous marier, nous pouvons nous pacser. C’est-à- dire que nous ne pouvons pas faire une belle fête, mettre une belle robe et nous unir avec la bénédiction de tous. Pour avoir un enfant, il faut aller dans un autre pays, payer une fortune pour tenter une insémination artificielle (tout est dit dans ce mot) qui fonctionnera ou pas. C’est-à-dire que nous ne pouvons pas donner la vie en faisant l’amour. Ce moment si précieux où nos deux corps se parlent et se disent qu’ils s’aiment. Tout se fait dans l’impersonnalité d’un bureau ou d’un laboratoire. On piétine allègrement ce qu’il y a de plus beau entre nous : notre amour. Malgré tout, nous ne laissons pas faire. Parce qu’un jour, nous aurons une maison, une famille à nous et nous ferons un pied de nez à tous ceux qui nous haïssent.
Avez-vous déjà croisé un être d’une beauté parfaite, lumineuse, qui éclaire chaque pièce de sa présence. Un être d’une intelligence et d’une gentillesse exceptionnelle. Un être à la fois fort et fragile qui nous donne un sentiment de sécurité dont on ne se défera plus jamais. Avez-vous déjà caressé une peau, si douce, qui exhale un parfum si enivrant que votre cœur ne peut que chavirer lorsqu’elle est sous vos doigts. Moi oui. Son visage est d’une douceur enfantine qui appelle les baisers. Ses cheveux sont un refuge, lorsqu’elle dort et que je suis éveillée près d’elle, à l’observer dans son sommeil. Son corps est chaud, de la chaleur des endormis. Et j’éteins la lumière, je vois encore ses yeux bleus me fixer dans le noir. Je me sens bien comme jamais, je me blottis contre elle et j’oublie tout ce que nous avons dû combattre, le temps d’une nuit dans ses bras.
Nous irons au soleil, respirer l’air de la Corse ou de l’Italie, nous ferons le tour du monde, nous feront l’amour dans des chambres d’hôtel confortables, nous vivrons notre vie à cent à l’heure, nous ne perdrons aucun instant précieux. J’essuierai tes larmes et tu essuieras les miennes et nous serons heureuses, ensemble pour toujours, jusqu’à notre « chambre d’amour » où nous passeront l’éternité à nous aimer comme Merlin et Vivianne.
A toi pour toujours,
Shalimar.




. Moi aussi je l'adorais mon "demi-frère", même si des fois on se diputait. Et j'adorais aussi Frank qui était si sage et sur lequel on devait absolument prendre exemple...



