Shali et Molki au pays des livres

Romans

Résumés, critiques, vie des auteurs et leurs bibliographie




   Bastien Baltazar Bux avait la chance inouie d'entrer quand il le voulait dans son Histoire sans Fin. Il lui suffisait d'ouvrir le livre et de littéralement se plonger dedans.



    Je connais une autre personne capable de faire la même chose: Thursdey Next, l'héroïne de Jasper Fforde. Bien sûr, pour elle, ça n'a pas été aussi facile que pour Bastien. Elle a du suivre une formation, sous la tutelle de Miss Havisham. Ce nom vous dit quelque chose ? Normal. Miss Havisham est un des personnages des Grandes Espérances de Dickens.




   Thursday Next vit à Swidon, une petite ville Anglaise, et travaille pour les Ospecs, c'est-à-dire la police des livres. Dès le premier tome, elle fait des prouesses en réunisssant Jane Eyre et l'homme qu'elle aime, changeant ainsi la fin du roman de Charlotte Brontë. Mais intervenir dans les livres, inter-agir avec les personnages peut parfois nous emmener très loin et s'avérer dangereux. Surtout quand ce sont les personnages eux-mêmes qui quitte leur roman pour le monde réel.


 


 


   Je suis en train de lire le quatrième tome: Sauvez Hamlet ! et franchement, jamais je ne m'ennuie lorsque j'accompagne Thursdey dans ses aventures. C'est une longue histoire sur le monde des livres; on y entre, on en sort, on croise foule de personnages, on découvre la mécanique secrète de la fabrication de ces livres. Parfois dans un polar, parfois dans un Western, on passe de livres en livres à la recherche d'un Minotaure échappé de son roman d'origine, tandis que dans le monde réel on tente d'empêcher un tyran de s'installer au pouvoir tout en faisant passer du fromage en contre-bande.




   C'est bien écrit, c'est très rythmé, les personnages et les intrigues sont originaux. Je ne peux que vous conseiller la lecture des aventures de Thursdey Next.



Shalimar.

Mes dernières lectures

le 05/06/2008 à 19h14




    Voici les trois derniers romans que j'ai lus dernièrement. Les désarrois de l'élève Törless de Robert Musil, Le seau de Charbon de Henris Thomas et Comme avant les mères de Simona Vinci. Lus dans cet ordre.


 


 


   Tout est parti du film L'année de l'éveil  de Gerard Corbiau, qui se déroule dans un pensionnat militaire.




   J'en étais restée à Sodome et Gomorrhe de Proust et je n'avançais pas. Je déteste rester sur un bouquin, lire deux pages par jour. Et puis l'année scolaire s'est terminée. Enfi, je l'ai un peu raccourcie. Je pouvais donc lire ce que je voulais. Oui, mais quoi ? Je sais, ça semble aberrant quand on a une bibliothèque qui contient quelques centaines de livres de se dire "Je ne sais pas quoi lire". Mais, c'est un fait, devant tout le choix qui s'offrait à moi, j'étais indécise. Et puis, j'ai fouillé dans le tirroir de ma commode où j'avais rangé les livres qui me branchaient le plus. Ca restreignait le choix. Ensuite, j'ai plusieurs méthodes pour trouver le bon livre. Je lis les premières pages, ça fait un tri supplémentaire. Reste quelques bouquins. Alors, soit je leur donne un chiffre à chacun et je demande à quelqu'un de choisir pour moi en disant un chiffre au hasard, soit je me laisse entraîner par le thème du moment. Comme j'étais seule le soir de ma grande indécision, je me suis laissée portée par l'agréable sensation que m'avait laissé le film que je venais de regarder, à savoir L'année de l'éveil et c'est comme ça que j'en suis arrivée aux Désarrois de l'élève Törless.




   C'est un livre rude, dur. Il est très difficile de s'attacher au personnage principal, mais c'est précisément le but de l'auteur qui décrit ici l'éveil à l'adolescence dans ce qu'elle a de plus égocentrique et cruelle. Le contexte du pensionnat favorise les expériences des jeunes gens sur eux-mêmes et surtout leurs camarades. Situé dans les années 30, 40, on a dit de ce livre qu'il préfigurait le sadisme et l'horreur du nazisme. C'est vrai qu'il est d'une grande violence et que les plus forts prennent le dessus sur les plus faible sans difficulté par simple amusement, pour faire des "expériences" et prouver leur supériorité.




   Le seau de charbon semblait être une suite logique au roman de Musil. L'histoire se déroule également dans un pensionnat, dans les années 50. Cependant, l'adolescent n'est pas le thème principal. Du "Cheu", vieil alcoolique perdu depuis qu'on a remplacé les poëles par des radiateurs, au pricipal qui vit une vague aventure, en passant par le garçon de cuisine dont la curiosité malsaine est très vite découverte et enfin, l'élève Souvraut qui préfère se prommener en dehors du collège. Ce qui est mis en avant, c'est la faiblesse humaine dans ce qu'elle a de plus touchante. L'écriture, poétique, lyrique, nous entraine vite à la dernière page et c'est avec regret qu'on referme ce livre.




   Et puis on s'en remet et on passe à Simona Vinci et Comme avant les mères. Ce livre possède la qualité de bien mener son suspens et le défaut de se terminer à la va-vite. Je l'ai terminé hier soir. Jusqu'au bout presque, j'ai été tenue en haleine. De découvertes en découvertes, je suivais l'histoire avec passion. Mais le dernier chapitre nous laisse un peu sur notre faim. Un garçon placé dans un pensionnat pendant la Seconde guerre mondiale pendant que sa mère vit cloîtrée dans sa chambre et que son père est toujours absent. Son seul réconfort, penser à Irina la petite fille qui est morte mystérieusement. A vous de découvrire la suite...




   Enfin, je sors de ces trois lectures et je repars pour un nouveau roman dont je viendrai vous parler quand je l'aurai terminé.



Bonne lecture,


Shalimar.


 


 


 

Le palais de glace

le 20/05/2008 à 19h10



"Les poètes, les enfants, les simples d'esprit ont reçu la grâce de voir au-delà des apparences, d'entendre l'inaudible et de se trouver directement au cœur de l'essentiel. Le don de Tarjei Vesaas, peut-être le plus grand écrivain norvégien de ce siècle (1897-1970), aura été de savoir abolir la dérisoire ligne de démarcation entre vie et mort, solitude et présence. Il n'y a pas d'explication toute prête à proposer de ce chef-d'œuvre qu'est Palais de glace, tant la symbolique en est riche et les harmoniques multiples. Peut-être ne s'agit-il que d'une variation intensément poétique sur le grand secret du thème sacré : l'amour plus fort que la mort. Les deux petites filles qui s'aiment à en mourir, qui aiment l'amour plus qu'elles-mêmes réalisent leur rêve fou, l'une dans la fantastique splendeur de la cascade figée par le gel en un sublime château de glace, l'autre dans un immatériel palais du souvenir. Et l'art de Vesaas, fait d'approches timides, d'élans retenus, d'ébauches à demi suggérées édifie en un texte impeccable un mausolée d'images prestigieuses, de phrases chantantes qui atteint une perfection narrative rarement égalée dans son œuvre."


 


 


   L'autre jour, je fouillais dans la bibliothèque de la fac sans but précis et je suis tombée sur ce livre. Je l'ai pris, ouvert à la première page et j'ai commencé à le lire. Le soir même, je le refermais avec l'impression d'avoir fait un voyage dans un pays magique. Ce pays c'est la Norvège. J'ai été subjuguée par toute cette magie qui se dégage de la blancheur de la glace comme les deux petites filles de ce roman: Siss et Unn. La magie de cette blancheur est renforcée par la noirceur de la nuit. La nuit profonde qui apporte la peur.




   C'est une oeuvre très poétique. On se laisse facilement entraîner par la langue de cet auteur que j'ai découvers avec une agréable surprise. Ce livre raconte le monde de l'enfance avec beaucoup de lucidité. Et pourtant, c'est avec un total dépaysement qu'on sort de l'univers de Siss.




   C'est l'un des meilleure roman que j'ai lu cette année et je le recommande vivement à tous ceux qui veulent faire le voyage au pays du froid où la glace transforme tout en beautés mortellement attirantes.




Shalimar.


 

Comme un roman

le 06/02/2008 à 13h48

  

   Je n'ai aucun regret d'avoir raté le festival d'Angoulême, aucun des auteurs que je voulais rencontrer n'aurait été en mesure de me faire une dédicace et celui que j'ai découvers le samedi après-midi (fiévreuse et toussant comme une tuberculeuse): Ludovic  Debeurme (Lucille, Ludologie etc.) -qui a quand même obtenu le prix Goscinny en 2006- j'irai le voir l'année prochaine. Il m'a tout de même fait une dédicace par l'intermédiaire de Princesse, qui est allée seule au festival. Mais, je ne le connaissais pas encore assez bien. C'est ma faute, ça fait des mois que Lucille était sur l'étagère de ma bibliothèque et il y avait encore le cellophane quand j'ai entrepris sa lecture sur les conseils de Princesse... En même temps, je ne peux pas tout lire et je ne pourrais probablement pas lire tous les livres qui se sont tranquillement installés chez moi, même si demain je cessais toute autre activité et que je m'y attelais sérieusement.

  

   Il fallait quand même faire passer la pilule de ce week-end passée seule avec mes chats, malade, loin de la folie BDesque (snif). En chemin pour Fontainebleau, j'ai acheté (avec de l'argent que je n'avais pas) Comme un roman de Daniel Pennac. Vous savez, les dix droits du lecteur etc. Ca faisait très longtemps que j'avais envie de le lire. Je me souviens même qu'à la bibliothèque de mon école primaire, il y avait ces fameux "droits du lecteur" affichés sur la porte. Je l'ai acheté, je l'ai ouvert, je l'ai lu, je l'ai refermé. En temps réel, ça m'a pris deux heures. Je me suis marrée, j'ai cru au miracle, je me suis sentie inspirée (en tant que future prof de français). C'était beau.

  

   Le thème principal ? La lecture évidemment et "le jeune qui se trouve en difficulté face au livre qu'il doit lire pour hier et dont il doit faire une fiche de lecture alors qu'il en est à la page 48 sur 400 environ". Vers la fin, on aborde ceux qui sont au bord du gouffre, qui "pensent" qu'ils n'aiment pas lire et qui miraculeusement "re-découvre" le plaisir d'une bonne histoire grâce à un professeur qui leur lit Le Parfum à haute voix et en entier. Je crois que c'est un peu utopique, mais c'est beau de rêver. Et même si j'ai du mal à imaginer que le miracle puisse se produire, j'ai adoré. J'aime toujours les livres qui ont pour sujet la lecture, le lecteur, les livres. Il y a cependant une certaine catégorie de ces livres qui tourne en rond. Parce qu'elle cherche à tout prix à nous expliquer ce qu'il faut faire pour que tout le monde se remette à lire. Comme si c'était une obligation. (Je rappelle que par principe, on a plutôt tendance à vouloir faire ce qui est interdit, que ce qui est obligatoire, pur esprit de contradiction). C'est un serpent qui se mord la queue, parce que ces livres sont lus par ceux qui lisent et s'adressent à ceux qui ne lisent pas. Je déteste cette catégorie de "méthodologie du réapprentissage de l'amour de la lecture". Comme si l'amour s'apprenait...

  

  

   Là où j'accroche, c'est quand l'auteur nous raconte SON amour de la lecture, sans pour autant vouloir nous transformer en rat de bibliothèque. C'est le meilleur personnage auquel on puisse s'identifier, nous lecteurs. On se reconnait dans la grande aventure des Livres. Ceux qu'on apprivoise, ceux pour lesquels ont part en chasse, ceux qui nous obsèdent, ceux pour lesquels on se ruinent, ceux qu'on rejette, ceux qu'on voudrait gravire comme l'Evrest (Ulysse de Joyce) mais contre lesquels on se sent tous petits, pas assez aguerris. Là où Daniel Pennac a fait fort, c'est qu'il a réussi à parler de son amour de la lecture tout en donnant l'impression qu'il était facile de rendre à un non-lecteur la possibilité d'entrer dans le monde merveilleux de la littérature. Si cet ouvrage tombait, par hasard, dans les main d'un non-lecteur, peut-être celui-ci se mettrait-il à lire. Peut-être. En tout cas, moi, ça n'a fait qu'allonger ma liste des romans à lire qui est déjà si longue...

LES DROITS IMPRESCRITIBLES DU LECTEUR

1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.

  

Bonne lecture.

Shalimar.

Joyeux anniversaire moi...

le 07/01/2008 à 11h22

   Bon, mon anniversaire c'est demain, mais... Ce matin, l'interphone sonne, je réponds et une voix me dit "Désolée, c'est le facteur".  Faut pas être désolée ma petite dame, parce que ce que tu vas mettre dans ma boite aux lettres c'est mon cadeau d'anniversaire !!!  (enfin, mes cadeaux d'anniversaire et de Noël, de la part de ma maman et de mon beau-père qui sont loin, en Bretagne...).

Hop ! Je prends mes clefs et l'ascenceur, je prends l'énorme carton Amazone qui se trouve dans ma boite aux lettres et complètement surexitée, je remonte chez moi. Heu, en fait, je sais déjà ce qu'il y a dans ce paquet, parce que j'ai dit à ma mère exactement ce que je voulais.

Silence, moment délicieux de l'ouvrage des paquets et youhou !!!
Le quatrième tome de la série des Thursday Next de Jasper Fforde : Sauvez Hamlet! (qui n'est même pas encore à la Fnac !!) et Requiem du grand Graham Joyce  (Ben oui, je ne les ai pas encore tous hein) Là, je suis en train de lire Les Limites de l'Enchantement et c'est carrément génial. Il n'y a pas d'autre mot. De toute façon, je ne suis jamais déçue avec G.J.

J'ai commencé avec Ligne de vie : une pure merveille. Dévoré d'une traite. Juste avant Les Limites de l'Enchantement, j'ai lu En attendant l'orage, idem. Incapable de décrocher du bouquin. Je ne suis jamais déçue par Monsieur Joyce, qui a quand même pris la peine de répondre à un mail que je lui ai envoyé. Il faut vous y mettre, je vous promets que vous allez adorer.

En ce qui concerne Jasper Fforde, il est la preuve que tous les livres du monde sont sur un réseau de file littéraire aléatoire mais qu'ils sont tous liés et qu'à partir d'un roman on passe à un autre avec une sorte de logique qu'il est difficile d'expliquer mais qui nous fait comprendre que l'univers des livres est vaste et plein de surprises. L'an dernier, j'avais Les Hauts de Hurlevent au programme en Littérature comparée. Choc littéraire qui m'a fait lire la bio d'Emilie Brontë par Jane Champion. Je suis devenue une passionnée de la famille Brontë avec une grande préférence pour Emilie même si j'avais aussi lu Jane Eyre quand j'étais en cinquième (non, ce n'était pas au programme, z'imaginez la tronche de ceux qui n'aiment pas lire ? Rien qu'au volume du bouquin ils auraient fait grève MDR) Le CDI était bien fourni c'est tout. Enfin bref, me voyant à ce point passionnée, ma princesse m'emprunte au CDI du lycée où elle enseigne L'Affaire Jane Eyre de Jasper Fforde et me voilà plongée dans les aventures de Thursday Next, Ospect, dont le métier est de s'assurer que tout se passe pour le mieux dans l'univers des livres. Et après avoir sauvé Jane Eyre d'un enlèvement, elle va commencer à se ballader dans les bouquins grâce à la Miss Haversham des Grandes Espérances... Je n'en dis pas plus. Un roman où les personnages principaux sont d'autres romans, c'est-y pas une bonne idée ?

Franchement, qu'est-ce que je ne donnerais pas pour pouvoir entrer dans un livre et taper la converse avec mes personnages favoris (soupir).

Enfin, je vais donc pouvoir me plonger à nouveau dans les aventures de la grande Thursday sans qui, jamais Jane et William n'auraient pu vivre librement leur amour. Et qu'y a-t-il de pire que de ne pas pouvoir être libre d'aimer et d'être aimé...

Je vous laisse, j'ai de la lecture qui m'attend. Je reviendrai vous dire comment c'était.

Shalimar.

 


    Hé oui! Je suis de retour sur ce blog et pour longtemps j'espère. Le boulot, pas Internet à Fontainebleau, où j'ai été mutée (mais j'espère bien revenir vite à Lyon), la fatigue, le temps pourri... Bon, c'était pas une période fantastique. Mais j'ai beaucoup lu, donc j'ai beaucoup de choses à écrire.


    Première nouvelle: je me suis remise au polar et c'est fou ce que ça fait du bien!!!! J'ai découvert une fantastique collection, Actes Noirs, la collection policière d'Actes Sud. Et, comme toujours chez Actes Sud, la politique éditoriale est parfaite: originale, du talent, du style... Tout le monde pense évidemment à Stieg Larsson et Millenium, une trilogie formidable et déjà best-steller (mais là, c'est plus que mérité).


    Je consacre l'article de mon retour à un polar allemand (voilà de l'originalité!) impossible à lâcher avant d'avoir lu les derniers mots. La ferme du crime est un petit chef d'oeuvre. De narration et de construction tout d'abord. Les différents narrateurs se succèdent pour nous conter la terrible histoire de cette famille de fermiers bavarois retrouvée massacrée. Jamais nous ne sommes perdus, jamais les voix ne se superposent: c'est une prouesse littéraire. Le suspens est sans cesse maintenu: notre attention ne se relâche jamais et c'est le premier indice d'un polar réussi. Là où l'auteur fait preuve d'intelligence et de virtuosité, c'est lorsqu'elle mêle ce meurtre peu banal et l'histoire personnelle et plutôt sordide de cette terrible famille. Là, on touche au très bon bouquin. Le chef d'oeuvre, on le trouve dans la toile de fond de l'intrigue: l'après-guerre dans Allemagne de 45, un pays détruit, vaincu, honteux et revanchard...


    La peinture sociale est formidable, l'intrigue passionnante et le style original, surtout pour un polar. Ce livre est à dévorer de toute urgence!! Seul problème: il est bien trop court! Mais Andrea-Maria Schenkel doit bientôt sortir un nouveau titre chez Actes Noirs... Maintenant, il suffit d'attendre... Et ce sera long!

Molki

 

La ferme du crime  de Andre-Maria Schenkel, Actes Sud, collection Actes Noirs, 2008.


 

Graham Joyce

le 02/01/2008 à 02h04

                                                                                            

Biographie

  Graham Joyce est né en 1954 et a grandi dans un village de mineurs près de Coventry (G.-B.). Il a étudié et enseigné la littérature anglo-saxonne avant de s’exiler sur une île grecque pour écrire son premier livre. Depuis 1991, dix romans et de nombreuses nouvelles (dont Les Nuits de Leningrad in Faux rêveur, Grand Prix de l’Imaginaire 2003) l’ont imposé au premier plan du fantastique, récompensé par quatre British Fantasy Awards et finalement le World Fantasy Award pour Lignes de vie. Il est à présent reconnu comme l’un des grands écrivains anglais contemporains au sein de la littérature générale.

« Une fresque sur la famille, l’amour, la guerre et la magie, aux personnages inoubliables. Il y avait longtemps qu’un roman ne m’avait pas autant charmée. » Isabel Allende
 

 

« On ne lit pas seulement un roman de Graham Joyce, on vit à travers lui.» SFX

 

 

 ----- Original Message ----
From: "shalimar61@voila.fr" <shalimar61@voila.fr>
To: graham@grahamjoyce.net
Sent: Tuesday, 1 January, 2008 11:12:52 PM
Subject: A fan's mail of France

Hello,

First of all, I would like you to excuse my english, because, I'm French and I'll probably make a lot of mistakes on this message. As I don't know if you understand french, I've just tried to write in english.

My name is Audrey and I'm 26 years old. I've just finished to read The Stormewatcher, (in french it's been approximatively translated by "Waiting for the Storme". )  

I'd already read The Facts of life. Actually, I read a lot but, there's not so many books which are so attractives (you know, those you can't stop reading during all the night).

It's very hard to write in english, I can't express all the things I would like to.
 
Anyway, this is just a mail to explain you how much I love your books and I suppose (and hope) this is always a pleasure for a writer when readers demonstrate their admiration.
 
I'll begin  to read The limits of Enchantment tonight and I'm looking forward to devorate this new one.
 
This is not really a problem if you don't/can't answer to me . You must be a little busy and I suppose you receive a lot of letters/mails everydays. I just would like to say you you're one of my favorite writer and read one of your book is always a big source of pleasure.
 
I take the opportunity of this mail to wish you an happy new year! Have a great 2008's year.
 
Kind regards.
 
Audrey, book's devourer !

 Il a répondu !!!!!!    

Hello Audrey
Thank you for your kind comments about my writing.  I'm very pleased to have some readers in France and I do appreciate that you took a moment to write to me.  I hope you like The Limits Of Enchantment at least half as much as the others!
Thank you again for writing.
Graham Joyce
 

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Visit author website at http://www.grahamjoyce.net

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 Voici ce que je lis en ce moment. Cela ne nécessite aucun commentaire de ma part. L'article parle de lui même...

Shalimar.

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 Bibliographie

 


En attendant l'orage

 

 
Une ferme restaurée de Dordogne, au cœur de l’été. Deux semaines de vacances pour James et Sabine, sa femme française, leurs deux filles Beth et Jessie et trois amis anglais. Des congés qui tournent à la tragédie et vont, en
quelques jours, balayer la toile de mensonges que tous ont patiemment tissée autour de leurs vies. À mesure que les relations des couples et des amis se tendent et révèlent leurs visages cachés, agressifs, serviles, manipulateurs ou
paranoïaques, la petite Jessie est de plus en plus perturbée et fait des commentaires équivoques et effrayants. Car l’un des membres du groupe donne secrètement d’étranges leçons à Jessie. Qui est ce mystérieux instructeur ? Quel but obscur poursuit-il ? L’atmosphère est tendue, sensuelle et inquiétante. L’orage approche… Un fascinant roman sur les secrets de l’âme humaine, le refoulement et le mensonge, que la presse a comparé à D.H. Lawrence et P. D. James pour son suspense et la qualité du traitement psychologique.
        

   
Fumée d'opium

  
 
La quarantaine bien avancée, une femme dont il est séparé, des enfants partis vivre leur vie : Danny se sent amer et solitaire.
Et lorsqu'il apprend que sa fille Charlotte a été arrêtée en Thaïlande pour trafic de drogue, il décide de partir sur place pour la ramener à la maison. Mais quand il arrive à la prison de Chang Mai, un nouveau mystère l'attend : la jeune femme incarcérée n'est pas sa fille, juste quelqu'un qui lui a « emprunté » son passeport dans un village à la frontière de la Birmanie.
Accompagné de son fils, devenu pour lui un étranger, et d'un ami de pub, Danny s'enfonce alors dans la jungle du Triangle d'Or, infestée de gangs, de trafiquants. Mais lorsqu'il finit par retrouver sa fille dans un village reculé, il découvre que celle-ci est sous l'emprise des esprits de la montagne...

 

 Les Limites de l’Enchantement
   
 


 
Élevée en marge de la société par sa mère adoptive Maman Cullen, la jeune Fern n’ignore plus rien des mystères de la nature, des plantes et de leurs vertus, de la façon de mener un accouchement ou de provoquer des avortements… Mais que sait-elle du monde qui l’entoure? Des jaloux et des ingrats? Du désir et des hommes? De l’âge adulte et de ses responsabilités? Au-delà d’un conte singulier, Graham Joyce nous livre une chronique sociale d’une grande sensibilité, une histoire de femme dans l’Angleterre rurale des années 60 en pleine mutation. Un récit impressionniste qui fleure bon la terre et le folklore, heureuse rencontre entre Steinbeck, Seignolle et Lewis Carroll. Une histoire de secrets anciens et d’une vie nouvelle.
   

 

Lignes de Vie



   
Coventry, durant la Seconde Guerre mondiale. Une famille de sept soeurs aux vies ordinaires... et extraordinaires. Des vies fondées sur la loyauté et la trahison, l'amour et la frustration, l'angoisse et l'espoir, dominées par la sagesse et les traditions d'une matriarche indomptable, truculente et terrible. Des vies simples et émouvantes auxquelles se mêlent, presque imperceptiblement, l'étrange et le merveilleux. Cassie, la plus jeune des soeurs, a eu un petit garçon d'un père inconnu et n'a pas eu le courage de le céder à des parents adoptifs. Comme elle est fantasque, imprévisible et sujette à des troubles mentaux, en bref « la dernière fille au monde à qui laisser la garde d'un enfant », la matriarche décide que le petit Frank sera élevé par chacune des soeurs, à tour de rôle. Ainsi l'enfant sera-t-il le témoin privilégié de ces vies aux lignes si différentes, dans les drames et les illusions de l'après-guerre. Mais Frank est un enfant particulier, qui semble avoir des dons surnaturels ; comme sa jeune mère, sensible à des signes invisibles ; comme sa grand-mère, parfois visitée par des apparitions lui annonçant l'avenir... Et au coeur de leur histoire, il y a eu la nuit du bombardement de Coventry par la Luftwaffe. La jeune Cassie s'est trouvée en plein coeur de cette nuit d'horreur hallucinatoire et y a laissé son secret le plus précieux...


Requiem


 


 
La naissance est le commencement. La mort est la fin. Pour Tom Webster, c'étaient, les deux seules certitudes. Jusqu'à ce que la mort de sa femme vienne tout changer.
Incapable de surmonter son deuil, Tom décide de partir pour Jérusalem qu'ils avaient toujours voulu voir ensemble.
Mais la ville sainte est aussi le territoire des démons et des illusions, des mensonges et des légendes, des fantômes et des hallucinations. Et lorsqu'un étranger lui confie des fragments de manuscrits de la mer Morte, il commence à réaliser que ce qui le hante a pour origine non pas seulement la mort de sa femme, mais aussi une autre mort qui, quelque deux mille ans plus tôt, devait changer le monde, pour le meilleur et... pour le pire.


Rêves égarés



 
Las de la vie trépidante de Londres et du monde de la publicité, Kim et Mike, un couple d'anglais, décident de tout quitter pour aller s'installer en Grèce, dans une superbe villa sur l'île de Mavros.
Mais si les jours s'écoulent tout d'abord tranquillement, une atmosphère étrange, presque surnaturelle, s'installe peu à peu.
Des animaux tout droits sortis de l'Antiquité apparaissent. Et puis, il y a ces voix, qu'ils ont l'impression d'entendre directement dans leur tête, et dont ils n'osent se parler. Il ya enfin, caché dans la falaise, cet étrange bain d'eau claire et chaude, si chaude qu'on la dirait venue des Enfers, et dans laquelle on oublie tout...

Indigo

 


 
 Vous qui souhaitez devenir invisible, sachez que la route est longue et semez d'embûches. D'abord il faudra apprendre à distinguer l'indigo.
Car vous ne l'avez jamais vu. Peut-être croyez-vous l'avoir déjà vu, mais tel n'est pas le cas.
Au sceptique je ne dirai qu'une chose : regardez le spectre ! Remarquez-y le rouge, le orange, le jaune, le vert, le bleu, et admettez que votre oeil passe du bleu au violet sans enregistrer de véritable dégradé entre les deux...
Et pourtant l'indigo existe bel et bien. Mais vous qui vous apprêtez à franchir les portes de la perception, attention aux dangers qui vous attendent. La folie et la mort ne sont jamais très loin...


 
L'Intercepteur de cauchemars

 
 
  En Angleterre, ce n'est pas une petite souris qui vient chercher les dents de lait des enfants, mais une fée. Seulement, quand, cette nuit-là, le jeune Sam Southall se réveille et la découvre assise au bord de son lit, « Quenotte » n'a plus rien du personnage rassurant et sympathique des contes.
Est-elle bien réelle ou juste le produit de son imagination torturée ? Et dans quelle mesure est-elle responsable des catastrophes à venir ?
Car, de ce jour, la fée malveillante va accompagner Sam tout au long de son enfance, puis de son adolescence, jouant sur ses craintes, ses désirs et ses frustrations, semblant n'apparaître que pour le faire s'enfoncer un peu plus dans son cauchemar.

Sorcière ma soeur



 
Alex et Maggie Sanders mènent une vie des plus ordinaires, jusqu'à ce qu'ils découvrent au fond d'une vieille cheminée inutilisée le journal de Bella. A première vue, celui-ci paraît bien innocent : une liste de breuvages et de simples pour soigner les petits maux de tous les jours.
Mais Maggie est très vite convaincue que derrière les mots se cache un sens destiné à elle seule.
En essayant quelques recettes, elle pénètre dans un monde mystérieux auquel elle n'avait jamais cru, celui de la sorcellerie.
Et quand la défunte Bella revient, en quête d'une paix qu'elle n'a pas trouvée dans la tombe, Maggie sent qu'elle risque de perdre la raison et de détruire toute sa famille.



L’enfer du rêve



  Cela avait débuté à la fois comme une expérience scientifique et comme une sorte de jeu. Le but : apprendre à contrôler ses rêves. Mais bientôt les étudiants voulurent aller un peu plus loin. Ils se donnèrent rendez-vous dans leurs rêves, commencèrent à les partager, à se retrouver au bord d'un petit lac. C'est à ce moment-là que les choses tournèrent au cauchemar, un cauchemar duquel ils ne pouvaient plus s'échapper. Peu à peu, le lac et ses environs se transformaient en un paysage de mort et de désolation. Peu à peu, ils s'enfonçaient dans la folie
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Interview Graham Joyce - Mai 2007

 

Graham Joyce est le génial auteur de Lignes de Vie, En attendant l’Orage ou Les Limites de l’Enchantement. Petite interview...

 

ActuSF : Tout d’abord comment êtes-vous venu à l’écriture ? Quand vous êtes vous dit que vous vouliez être écrivain ?
Graham Joyce :
J’étais poète tout d’abord. Puis j’ai peu à peu évolué. Puis je me suis aperçu en étudiant la vie des grands poètes, que la plupart d’entre-eux étaient des vraies merdes. Or il me semble plus important d’être un homme bien que d’être un bon écrivain. Quoi qu’il en soit, je viens d’un milieu ouvrier (mineurs) d’où il me semblait quelque peu prétentieux ou arrogant d’afficher des ambitions littéraires. Donc, pendant des années j’ai écris en secret. Puis, à ma grande stupéfaction, j’ai commencé à croire que je pourrais, pourquoi pas, être édité.

ActuSF : Comment travaillez-vous sur vos romans ? Vous êtes du genre à préparer un plan précis ?
Graham Joyce : Non. C’est une exhumation. Je ne sais pas comment chaque roman va sortir. C’est probablement pour ça qu’ils sont tous si différents.

ActuSF : Evoquons quelques uns de vos romans et d’abord En attendant l’Orage. Comment est née l’idée de ce roman ?
Graham Joyce :
Avec un groupe d’amis, nous passions nos vacances d’été dans le Périgord. La maison avait une atmosphère étrange et le temps était bizarre lui aussi. Chaque matin il y avait de la brume de chaleur qui ne s’évanouissait que vers le milieu de la matinée. Puis il y avait des orages de chaleur que nous pouvions voir à des dizaines de kilomètres. C’était vraiment très différent d’un paysage d’été anglais. Un jour j’ai même vu un de mes amis parler à une des jeunes filles par l’intermédiaire d’un miroir. Mais je dois ajouter que toutes les personnes avec qui j’étais en vacances se sont admirablement biens comportées. Pas comme ceux dans le roman.

ActuSF : Parlez-nous de Jessie. C’est une petite fille très étrange qui fait parfois des choses assez bizarre comme se cogner la tête dans une porte. Comment la voyez-vous ?
Graham Joyce :
Elle a une forme d’autisme, mais c’est une enfant qui échange tout de même. L’autisme existe comme un fantôme. Beaucoup de gens en sont atteint à des degrés moindres. Généralement sans le savoir.

ActuSF : La tension est vraiment très forte dans ce livre entre les protagonistes. Et pourtant on a l’impression que beaucoup de choses trouvent une solution (comme le père qui finalement revient). Est-ce que c’est parce que vous êtes un optimiste ?
Graham Joyce : Je suis un optimiste malgré tout et malgré les évidences. Mais si nous perdons l’espoir, autant laisser tomber, et laisser le genre humain dans sa détresse.

ActuSF : Le livre se passe en France. Vous ne pouvez donc pas échapper à cette question : Est-ce une région de la France que vous connaissez et appréciez et si oui pourquoi ? Est-ce que le fait que ça se passe en France avait une importance particulière ?
Graham Joyce :
Je connais seulement le pays de mon séjour pendant ces vacances. C’est une région de la France qui est magnifique. Mais ça m’a fatigué d’entendre des anglais arrogants brailler à tous les coins de rue. S’ils n’avaient pas été aussi nombreux, j’aurai aimé m’y installer et y vivre. Je suis intrigué par la France et les français. Le fait de placer mon roman en France m’a permis de placer des commentaires au sujet de la conscience de classe et du snobisme anglais. Eléments qui ressortent d’autant plus quand les Anglais sont à l’étranger.

ActuSF : Un mot sur Les Limites de l’Enchantement. Là aussi comment est née l’idée de ce roman ?
Graham Joyce : Il y a plusieurs années, j’ai acheté une peinture d’une artiste des Midlands : Angela Harding. Il a été accroché au mur de mon salon pendant peut-être une douzaine d’années, attendant d’être compris. Cela s’appelait Écouter le lièvre et il y avait d’étranges messages païens à l’intérieur. Cela a pris un bon moment avant d’arriver jusqu’à moi, mais j’ai été exposé au merveilleux mystère de cette peinture chaque jour et il était inévitable que cela débouche sur une histoire.

ActuSF : Qu’est-ce qui vous séduisait dans L’Angleterre rurale de la fin des années 60 ?
Graham Joyce : En 1966, l’avortement est devenu légal en Angleterre. C’était une mesure déterminante pour la condition des femmes. Avant ça, celles issues des classes ouvrières devaient faire appel à des avorteurs d’arrière-cour ou à des « sages femmes » du voisinage. Tout ça dans le plus grand secret. Pour moi cette loi représente la ligne de partage entre la modernité et le passé. Les années 60 ont été une période d’incroyables changements sociaux. Il y avait encore des gens dans le pays qui vivaient comme il y a 150 ans. Fern est un personnage qui doit faire avec ce changement.

ActuSF : Les Limites de l’Enchantement et En attendant l’Orage ont une jeune fille comme héroïne. Est-ce difficile pour un écrivain adulte de se mettre dans la peau d’une jeune adulte pour raconter son histoire ?
Graham Joyce :
Un écrivain essaie toujours de faire du neuf. Penser comme un enfant, voir ce monde aussi miraculeux qu’il le voit... cela fait partie du challenge. Que vous écriviez ou non pour des enfants. C’est le travail de l’écrivain de nous aider à voir les choses sous un nouveau jour. Peut-être que nous essayons toujours de retrouver le monde tel qui nous apparaissait quand nous étions enfants.

ActuSF : Parlons de Ligne de vie. C’est peut-être le roman qui a eu le plus de succès en France. Toujours la même question, comment est-il né dans votre esprit ?
Graham Joyce :
Coventry est une cité étrange. C’était magnifique avant d’être bombardé pendant la guerre, et aujourd’hui c’est plutôt moche. Mais les fantômes de l’époque précédente hantent toujours la ville dans les décombres ou dans de petits fragments des ruines. J’ai voulu écrire sur ma propre ville.

ActuSF : Le petit Franck a un parcours assez particulier. Comment avez-vous construit la trame de l’intrigue ?
Graham Joyce :
J’avais cette image d’un petit garçon grandissant dans cette ville aux mains des urbanistes qui se disputent sur la manière de construire une nouvelle cité. Et puis les femmes, également, se disputent sur la meilleure manière d’élever un enfant. De sorte que l’histoire est une succession de compromis et d’accidents.

ActuSF : Un critique disait qu’il retrouvait dans ce roman du Dickens, John Irving, Ian McEwan, Robertson Davies et Paul Auster. J’imagine que ça vous a fait plaisir et est-ce des auteurs importants pour vous ?
Graham Joyce :
Eh bien Dickens est magnifique parce qu’il peut être si drôle dans des situations vraiment sérieuses. J’aime cette balance entre la légèreté et la gravité. John Irving a lui aussi cette fabuleuse qualité. Ian McEwan un peu moins : il n’a aucun humour. En fait il en avait à ses débuts, mais il l’a perdu à force de s’entendre dire quel écrivain considérable il était.

ActuSF : On dit souvent que vos romans sont très psychologiques ? Etes-vous d’accord avec ça ? Il s’y passe souvent énormément de chose mais dans la tête des héros.
Graham Joyce : Ils sont psychologiques c’est vrai, mais j’essaie de garder la porte ouverte à l’irrationnel. Certains lecteurs ont besoin de penser que tout est magique se passe dans la tête des personnages. Mais j’essaie de semer le doute. Je veux que le lecteur ne soit sûr de rien, parce que c’est là qu’il est le plus vulnérable à l’imaginaire.

ActuSF : Vos personnages ont des relations généralement très tendues. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ces conflits ? La manière de chacun de s’y confronter ou peut-être la manière dont les personnages se remettent en question et changent ?
Graham Joyce :
Les personnages se définissent dans le conflit, pas dans la paix.

ActuSF : On parle en général de vos romans comme de récits aux limites du fantastique. Est-ce que vous en êtes conscient lorsque vous écrivez vos romans ou est-ce involontaire ?
Graham Joyce :
Oui c’est intentionnel. Cela revient à ce que je disais à propos de la guerre entre le rationnel et l’irrationnel. Si vous voulez un roman - soi-disant –réaliste, et que vous investissez vos personnages de plus de pouvoirs que les forces qui les entourent, c’est absurde. Je veux parler des forces sociales et psychologiques. Pas de puissances surnaturelles. D’un autre côté, si vous ancrez votre roman profondément dans le fantastique, sans possibilité de sortir de cette tour d’ivoire de la Fantasy, vous donnez l’opportunité au lecteur de s’enfoncer trop confortablement dans l’idée que votre récit n’est rêve fabuleux. Aussi j’aime bien mélanger le réalisme avec le fantastique. Ni complètement dedans, ni complètement dehors.

ActuSF : Vous avez reçu plusieurs fois des prix et des distinctions. Est-ce que c’est important pour vous ? Est-ce que cela a une signification particulière ?
Graham Joyce :
Eh bien, c’est vraiment très gratifiant, mais ça ne change rien à la manière dont je travaille, pas plus que ça ne le rend plus facile ou plus difficile. J’ai toujours le sentiment qu’aucun de mes romans n’est tout à fait comme je le voulais au départ, et les récompenses ne parviennent pas à me convaincre que j’ai fait mon boulot aussi bien que je l’aurais dû.

ActuSF : Tous vos romans sont assez différents. Est-ce que c’est parce que vous ne voulez jamais faire la même chose ?
Graham Joyce :
C’est exactement ça. Ca doit être une exploration, quelque chose doit émerger de l’ombre petit à petit.

ActuSF : Vous donnez aussi des cours d’écriture à des étudiants. Est-ce que cela vous apporte quelque chose dans votre écriture à vous ?
Graham Joyce :
Je n’espère pas. Souvent, en voulant trop rationaliser, on en vient à penser son roman avec la partie consciente de son cerveau, alors que la première ébauche devrait jaillir de l’inconscient. Aussi j’espère ne pas être étranglé en sur rationalisant le processus.

ActuSF : Y’a-t-il un conseil que vous pourriez donner aux jeunes auteurs français ?
Graham Joyce : Jetez toutes vos chaussettes et achetez-vous douze paires identiques. Cela vous épargnera des heures et des heures à fouiller votre tiroir à la recherche d’une paire non dépareillée. Autant de temps que vous pourrez mettre à profit pour écrire. Et vous en aurez besoin. La persévérance est aussi importante que le talent.

ActuSF : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Graham Joyce : Je viens juste de finir un nouveau roman. Il s’appelle : How To Make Friends With Demons.

 

 

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