Je vais donc écrire un article sur un auteur que je considère comme l'une des plus grandes plumes de la littérature mondiale, toute époque confondue. Et plus particulièrement à l'un de ses romans-phare, Sanctuaire. Faulkner n'est pas un écrivain facile d'accès, il suffit de lire De bruit et de fureur - quel titre fantastique! - pour s'en rendre compte. Santuaire est peut-être l'une de ses oeuvres les plus ouvertes.
Le contexte est le même que dans les plupart des romans de Faulkner: le Sud profond des Etats-Unis dans les années 30 et son lot de noirs opprimés par une ségrégation impitoyable, de petits blancs racistes et à l'étroitesse d'esprit assez incroyable, de bonnes âmes rares mais essentielles pour que tout ce petit monde ne s'embrase pas instantanément. Le personnage central: une jeune fille innocente qui sera victime d'un viol assez ignoble, puis pensionnaire d'un bordel miteux, pour finalement s'évaporer dans la nature, de douleur devant l'indifférence du monde qui l'entoure.
La difficulté de la littérature faulknérienne est, comme d'habitude, cette construction (ou plutôt cette déconstruction) du texte si particulière: différents moments de l'histoire se succèdent sans que l'on voit tout d'abord de lien logique. Puis tout s'éclaire peu à peu; la réalité du Sud profond nous saute à la figure, dans toute sa décadence, sa pauvreté, sa violence mais aussi sa beauté brutale. La tragédie pratiquement antique de cette jeune fille nous éclabousse et l'on n'en ressort pas indemne, comme toujours lorsque l'on lit du Faulkner. Aucun mot n'est gratuit, aucune phrase n'est de trop: tout le texte est au cordeau, tendu à l'extrême, comme si Faulkner l'avait pressé à fond pour n'en ressortir que le jus essentiel, qu'un condensé extrêmement fort d'émotions essentielles.
On n'est jamais le même avant la lecture de Faulkner et après. Tout ce qui nous entoure paraît tellement dérisoire ; les personnages nous hantent très longtemps. Mais on a aussi l'impression d'avoir gagné en humanité, qu'une petite porte s'est ouverte et ne se refermera pas. Pour moi, Faulkner écrit comme peint un peintre cubiste: au début, on ne comprend pas, on ne voit pas où l'auteur veut en venir. Et puis le déclic: tout s'éclaire et l'effet est d'une intensité formidable. Pour moi, c'est cette intensité - presque insupportable de tensions dramatiques parfois - qui fait la différence entre un écrivain et un génie de la littérature. Pour revenir à l'article précédent de Shali, Joyce Carol Oates possède cette étincelle unique, à l'égal d'un Faulkner. Et c'est un sacré compliment pour moi !!!
Il faut lire absolument Sanctuaire parce que vous ne serez jamais plus le même par la suite, parce que le monde aura une couleur bien particulière. Et par la suite il faut lire De bruit et de fureur, Sartoris, Tandis que j'agonise (ce génie des titres...), Lumière d'août, Absalon, Absalon, Le domaine... Je pourrais parler de l'oeuvre de Faulkner éternellement tant elle est vaste et habitée, extraordinaire de beauté et de richesses. Cet auteur fut pour moi une révélation, une révélation du pouvoir unique de la littérature. Je ne pensais qu'une telle force était possible avec de simples mots avant de le découvrir. Son influence sur la littérature américaine contemporaine (Oates mais aussi Larry Brown, Jonathan Franzen, Paul West, Nick Flynn, Bret Easton Ellis, Russel Banks, Jim Harrison, Thomas Pynchon et j'en oublie...). Quand on pense que la littérature française contemporaine française est plus influencée par le Nouveau Roman que par Hugo ou Zola, on peut légitimement prendre peur et mesurer tout le fossé qui nous éloigne des Etats-Unis, en littérature cela s'entend... Faulkner, lui, a réussit à marier recherches stylistiques poussées et exigence d'une histoire digne de ce nom. Je finirai sur ces simples mots, familiers mais Ô combien éloquents: quel putain d'écrivain !!!!
Molki







