Shali et Molki au pays des livres

Où étiez-vous Geneviève ?

le 21/03/2008 à 19h04




   Moi, j'étais au salon bien sûr. Comment n'aurais-je pas pu y être. C'était ma première fois. C'était...Gigantesque !!


   Je parle du Salon du Livre, bien entendu. C'était beau. Tous ces stands remplis de bouquins, les auteurs sur qui ont pouvait enfin mettre un visage. J'étais venue voir Geneviève Brisac. "Quoi, ce salon gigantesque et tu ne venais que pour un écrivain ?" Heu... Ben il y aurait eu Graham Joyce, Joyce Carol Oates, Jasper Fforde, Daniel Pennac, Victor Hugo, Sthendal, Doris Lessing, Anais Nine... Mais soit ils étaient morts, soient ils n'étaient pas là. Quoi que... J'ai rencontré PHILIPPE REY. Ce nom ne vous dit rien ?! Mais c'est l'éditeur de JCO (Joyce Carol Oates) !!! Le plus grand écrivain du XXe siècle ! On se demande ce qu'ils attendent pour lui donner le prix Nobel. Elle a soixant-dix ans et elle est anorexique alors elle n'est pas éternelle !! Attention je vais réveler un scoop qui va vous faire sautiller sur votre chaise:


  



   Son journal va bientôt sortir !!! Mille pages qui vont nous dire tout de madame Oates par elle-même. Comment elle fait pour être aussi prolifique et continuer à donner des cours à Princeton ? D'où elle tire toutes ces histoires et pourquoi tant de violence ? Un nouveau roman va sortir aussi. Ca n'arrête pas et moi qui me suis fixée comme objectif de réunir son oeuvre complète, j'ai du boulot. Je lui envoie toutes mes condoléances pour la mort de son mari. Elle semble toute fragile sur les rares photos qu'on peut voir d'elle, et elle a une voix toute douce. J'aimerais que mes écrivains préférés soient entourés d'une sorte de bulle protectrice et qu'il ne leur arrive rien de mal. J'étais réellement très triste d'apprendre qu'elle avait perdu son mari, qu'elle avait eu une vie difficile. Je sais que c'est sans doute ce qui fait la grandeur de son oeuvre, mais, elle me fait penser à un oiseau qu'il faudrait envelopper dans un cocon pour la protéger.




  Pour en revenir à Geneviève Brisac, elle devait être à deux maison d'édition. L'école des Loisirs et L'Olivier. J'ai acheté Violette et le secret des Marionnettes. (Qui était très bien entre parenthèses). J'avais imprimé sa photo pour qu'elle me la dédicace, je lui avais écrit une lettre et refait un dessin (mais si comme à Bron...). A 14h00, j'était devant le stand de L'Ecole des Loisirs et là, on m'a dit qu'elle ne venais plus. Comme j'allais pleurer, Princesse m'a dit qu'elle serait peut-être à l'Olivier. On y est allé. Effectivement son nom était inscrit pour 18h30. J'ai demandé au gars qui s'occupait du stand si elle serait bien là à 18h30 et il m'a dit "Aucun problème". J'étais rassurée, jusqu'à ce que Princesse montre des signes de fatigue et laisse entendre qu'elle ne se voyait pas attendre si tard. Je l'ai supplié. On est resté. A 18h25, elle se faisait dédicacer une BD à l'autre bout du salon, je l'ai laissée et je suis partie bravement à la recherche de la maison d'édition L'Olivier avec mon livre, ma lettre, ma photo et mon dessin. J'avais pris ma béquille pour cette journée et j'avoue que moi aussi j'étais crevée, mais jusqu'à ce que j'arrive au stand, j'avais mis la fatigue et la douleur dans un coin de ma tête, galvanisée par l'idée d'aller à la rencontre de Geneviève. Et puis, je suis arrivée au stand. J'ai dit: "Je viens pour Geneviève Brisac" et là, une autre auteur qui faisait des dédicaces m'a dit qu'elle était partie. La journée avait été longue, j'ai éclaté en sanglots. Pas devant eux bien sûr. J'ai fait le chemin inverse pour rejoindre Princesse à son stand de BD en pleurant à chaudes larmes. J'ai pleuré dans la voiture, j'ai pleuré dans mon bain. Princesse disait que ce n'était pas grave, qu'on avait passé une bonne journée quand même.  Oui, mais quand ça fait une semaine qu'on attend quelque chose et qu'on se focalise dessus et puis que finalement l'évènement n'a pas lieu alors on peut avoir une grosse envie de pleurer qui dure.




   J'ai bien aimé le salon du livre. On a acheté pas mal de livres bien, j'ai rencontré l'éditeur de Joyce Carol Oates, mais j'ai manqué Geneviève Brisac et je ne m'en suis toujours pas remise. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que physiquement elle me fait penser à ma mère, parce qu'elle est belle et gentille et que j'adore ses bouquins. Parce que la première fois que je l'ai vue à la fête du livre de Bron j'ai eu le coup de foudre et que depuis je n'attendais que l'occasion de la revoir. Parce que je l'admire.




Shalimar.

Rondo Veneziano

le 20/03/2008 à 13h36

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   Nous sommes le 20 mars 2008 et ça fait exactement treize ans que mon père est parti.


   Je ne vais pas faire un article plein de larmes, je vais déjà essayer de faire un article sans faute d'orthographe lol. Disons que je vais vous raconter une histoire qui a commencé le 2 juillet 1994.




   Ce jour-là, je me suis levée tôt bien que nous soyions en vacances. Ma valise était prête et moi aussi. Prête à partir très loin, à Chantemerle-les-Blés où mon père vivait avec ma belle-mère et ses deux fils, Pierre et Frank. Après avoir regardé une dernière fois un épisode de Superman et été chercher du jambon chez Marie (berk), ma marraine et son Herbert sont venus pour m'emmener de Lorient à la gare de Paris. Quatre heures de voiture pendant lesquelles on a écouté Anaïs et Didier Barbelivien (eh, c'était en 94 ! et moi j'avais douze ans et demi). Il faisait beau et chaud. C'était vraiment le début de l'été mais aussi le début d'une nouvelle vie. J'étais parvenue à ce que mon père ait ma garde et que j'aille vivre chez lui. C'était le plus beau jour de ma vie et je trépignais d'impatience.


  



   A Paris, j'ai pris le train qui allait à Valence. Je me suis mise du côté de la fenêtre parce que j'étais encore sensible au charme du paysage qui défile vue que je n'avais pratiquement jamais quitté mon bled. Un grand noir s'est assis à côté de moi et nous avons passé le voyage ensemble. Je lui ai montré quelques trucs de solfège parce qu'il voulait apprendre la guitare et il m'a prêté un livre qui racontait l'histoire d'un petit garçon d'Afrique qui passe toute sorte d'épreuves pour devenir un homme. Quelques heures plus tard, j'arrivais à la gare de Valence. C'est Pierre que j'ai vu en premier. J'ai crié son nom bien qu'il ne puisse pas m'entendre, tellement j'était surexitée. Le grand noir m'a aidée à descendre ma valise et j'ai rejoins mon père, Patricia et Pierre. De mon point de vue, c'était la grande aventure, du point de vue de mon père, même s'il devait être content de retrouver sa fille aînée qu'il ne voyait pas beaucoup, j'étais là parce que je faisais beaucoup de conneries et qu'il était temps de remettre les pendules à l'heure.




   J'avais déjà passé les vacances de février dans leur maison de Chantemerle avec mon frère et ma soeur. C'était d'ailleurs ce qui m'avait décidée à vouloir quitter Lanester, ville insignifiante, vie de merde, collège de merde, pour cette maison tout droit sortie d'un conte de fées, avec autour, un paysage de collines, de champs, de vergers, des maisons aux tuiles rouges (j'ai gardé cette fascination pour les tuiles. En Bretagne on a de vilaines ardoises grises et c'est très déprimant). J'allais habiter à la campagne et je trouvais ça trop géniale. Quand je sortais me promener je me faisais toute sorte de films. Bref, c'est pendant les vacances d'hivers que j'étais tombée amoureuse de cette maison du Grenouillet et de ce qui l'entourait. A mon retour chez ma mère, je n'avais ressentie que plus fort la médiocrité de ma vie et j'étais tombée en dépression jusqu'à sauter pa la fenêtre de ma chambre. C'était ma première tentative de suicide et je crois que c'est qui a décidé mes parents à agire et à m'envoyer chez mon père. Mon plus gros problème était le collège où je vivais un enfer et je ne supportais plus de vivre en ville après avoir eu un aperçu de ce qu'était la campagne. Et mon père me manquait. Je ne le voyais presque jamais et d'avoir passé quelques jours avec lui m'avait fait comprendre à quel point j'avais besoin de lui. Il était déjà malade et inconsciemment je pressentais qu'il n'allait pas vivre encore très longtemps, qu'il fallait que je profite du temps qui restait. Même si une autre partie de moi imaginait que je partais vivre chez lui au moins jusque mes dix-huit ans. Ma mère et moi traversions une période difficile de disputes très fréquentes. Qu'elle ne croit pas que je ne l'aimais pas, ou moins que mon père, mais elle ne pouvait me manquer puisque j'avais toujours vécu avec elle et son caractère et le mien ont toujours été incompatibles. Je m'excuse d'être partie sans lui dire au revoir ce 2 juillet. Je n'avais que douze ans. Aujourd'hui, ça ne se déroulerait pas de la même manière.




   Au bout d'une semaine, Pierre et Frank, âgés respectivement de quatorze et dix-sept ans, partaient chez leur père et je me retrouvais seule pour un mois avec mon père et ma belle-mère. Le plus beau mois de ma vie. La solitude n'était pas du tout un problème. Je me réveillais vers les six heures du matin, je prenais le vélo de Frank et j'allais faire de longue promenades pour revenir vers neuf heures, heure du petit déjeûner. Mon père m'emmenait avec lui au PMU faire son tiercé, je regardais les dessin-animés du Club Dorothée avec un gros coup de coeur pour Sailor Moon. Pendant ce mois de juillet, j'ai fouillé la maison de fond en comble sur un fond de Rondo Veneziano, Richard Clayderman et Céline Dion. J'ai lu des tas de bouquins, des Six compagnons en passant par Torey L. Hayden et le journal d'Anaïs Nine. J'ai regardé Jalna, Emilie ou la vrai vie, Les gens de Mogadore, Coeur Brûlés et même Les Feux de l'Amour avec ma belle-mère tous les après midis. On est pas difficile quand on a douze ans. J'ai découverts les livres à l'eau de rose, j'ai fais des promenades dans la région avec mon père et ma belle-mère et je ne cessais de m'extasier intérieurement sur le paysage. On m'a inscrite à la piscine et l'odeur de la crème solaire que j'avais restera toujours comme une madelaine de Proust pour moi. J'étais seule, mais je vivais des aventures toujours plus incroyables les unes que les autres. A l'époque, je parlais seule à des gens qui n'existaient que dans mon imagination et je faisais semblant qu'ils étaient réellement avec moi. Et puis je me lançais des défis, à la piscine: rester le plus longtemps possible sous l'eau, à vélo: faire les côtes les plus abruptes sans poser le pieds à terre et puis il y avait une vieille jument blanche que j'avais décidé d'apprivoiser comme Crin Blanc. Mais surtout j'avais beaucoup de choses à faire avec les six compagnons de la Croix-Rousse. Car je faisais indubitablement partie de leur bande et on était bien sept à piquer des pêches dans les vergers.


 


 


   Le mois suivant, mon frère et ma soeur sont venus en vacances et Pierre et Frank sont revenus de chez leur père. Nous étions donc cinq. Pierre a pris la place de mes amis imaginaires dans mes grandes aventures. On a passé un mois d'août génial. On allait à la piscine, on regardait des films le soir avec Patricia qui avait un rire très communicatif. On l'adorait même si parcontre, j'ai un très mauvais souvenir de ses boulettes de viande.


 


 


   Septembre est arrivé et la rentrée des classes aussi. Mon frère et ma soeur sont repartis. Mon père m'a acheté un vélo, des fournitures scolaires toutes neuves, j'étais inscrite au collège du Pendillon à Saint-Donas sur Herbasses. Pour la première fois de ma vie, je me suis faite des amis à l'école. Surtout Aurélie Thenon appelée Crapouillot. J'ai eu un succès immédiat quand les autres ont su que j'étais la "demi-soeur" de Pierre Derrick. Il était passé dans ce collège avant moi et, les filles étaient toutes amoureuses de lui, les garçons en admiration devant le fait qu'il soit passé devant le conseil de discipline trois semaines seulement après la rentrée. Trop fort. Moi aussi je l'adorais mon "demi-frère", même si des fois on se diputait. Et j'adorais aussi Frank qui était si sage et sur lequel on devait absolument prendre exemple...


 


 


   En novembre, il a fallu quitter la campagne pour la ville car l'état de mon père s'était agravé et j'avoue que j'ai pleuré de quitter cet endroit que j'amais tant, où tous les jours je me disais que j'étais la fille la plus heureuse du monde. J'ai pleuré de quitter le Grenouillet, le Pendillon et ma meilleure amie Aurélie. On est allé vivre à Bourg-les-Valences, 17 avenue Jean Moulin, Résidence du Parc et je me suis retrouvée inscrite au collège Saint Anne. Là, je n'ai pas du tout eu le même succès que dans le collège précédent et j'ai repris l'habitude de raser les murs, de passer tout mon temps au CDI. Je me souviens avoir lu La Cicatrice de Bruce Lowery en salle de permanence, en essayant de paraitre invisible. Seul point positif, j'habitais en face de la bibliothèque municipale. Mais quand je dis en face, c'est vraiment en face. C'est-à-dire que le bâtiment que je voyais par la fenêtre de ma chambre c'était la bibliothèque et que je n'avais qu'à traverser la rue pour y être. J'ai découverts Virginia C.Andrews avec Fleurs Captives. Ca m'a aidé à tenir. J'ai relu La Petite Princesse et bien sûr, j'ai retrouvé mes six compagnons.


 


 


    Le lundi 20 mars, je suis rentrée de l'école à quatre heures et mon père, qui venait de passer une semaine à l'hopital était de retour. Mon grand-père m'a dit queje ne pouvais pas l'embrasser et qu'il était sur le "fil du rasoir". Je n'ai pas voulu savoir ce que "le fil du rasoir" voulais dire et je suis sortie faire de la bançoire jusqu'au repas.


 


 


    Mon père est mort pendant le repas. Je n'ai pas pu lui dire que je l'aimais, que j'étais désolée de faire tout le temps des conneries. 


 


 


   Ce soir, à 19h30, ça fera exactement treize ans que je vie sans lui.


 


 


   Papa, tu me manques. Je voudrais pouvoir te parler. J'ai essayer trois fois de te rejoindre et je n'y suis pas arrivée. Même la fois où j'ai sauté du pont Saint Christophe. Je voudrais savoir si tu approuves ma nouvelle vie. Je voudrais savoir si tu aurais aimé Cécile. J'ai fait mon deuil, mais j'avoue que je pleure encore de ne pouvoir te prendre dans mes bras, de ne pas pouvoir dire papa, de ne pas pouvoir t'appeler. En même temps, je suis fière d'être ta fille et je t'admire plus que n'importe qui. Tu es la personne la plus intelligente que j'ai connue dans ma vie. Je pense qu'on se ressemblait par certains côtés, comme Séverine et Jean-Christophe te ressemblent aussi à leur manière. Cet article est pour toi, pour que tu vois comment j'avais vécu cette période passée chez toi.


 


 


   Ta fille qui t'aime,


Audrey 



 

Lyon, ville de mon coeur

le 12/03/2008 à 13h40



   Voici deux ans, je quittais la Bretagne pour venir habiter à Lyon. Attention, je ne quittais pas la Bretagne des cartes postales, mais une ville grise, déprimante, avec des gens gris et déprimants. Cette ville est connue pour une seule chose aujourd'hui: le Festival Interceltique. Autrefois, c'était la Compagnie des Indes. La guerre a tout détruit et on a reconstruit en gris, sous la pluie.


   Depuis que je sais lire, j'ai dévoré toutes les aventures des Six Compagnons de la Croix-Rousse. Ils ont été mes amis imaginaires. Sans doute était-ce prédestiné que je vienne m'installer à Lyon. Cette ville est comme le développement couleur de Lorient qui ne serait qu'un négatif et encore, je suis loin de la réalité.


   Dans Lyon, il y a lion. Et cette ville étend sa crinière de feu, ses toits aux tuiles rouges qui brûlent sous le soleil de midi, tandis que le Rhône et la Saône coulent pasiblement et nous apportent leur fraîcheur. Lyon est une ville arc-en-ciel, une palette de peintre avec ses facades rouges, jaunes, oranges et roses. Et parmi ces couleurs chaudes, quelques taches de verts qu'apportent les arbres et les parcs.


   Cette ville compte vingt-cinq salles de cinéma, deux théâtres, un opéra et une architecture magnifiques. L'abbaye de Fourvière aussi connue sous le nom de l'éléphant renversé et juste à côté une antenne de télévision qui a la forme de la Tour Eifel. Il y a de nombreux ponts, des statues magnifiques et tout cela scintille au soleil ou vibre sous l'éclairage de nuit. Car Lyon ne dort jamais. Et au contraire de Paris, les gens sont aimables, convivales. Tout est beau, neuf, propre. C'est une ville jeune car universitaire et les activités culturelles ne manquent pas.


 Lyon, c'est aussi la nourriture lyonnaise. Poulet bressan à la crême avec des morilles, quenelles de brochet, fois gras sous toutes les formes, Saint Marcelin, les bugnes de février. Les restaurants sont nombreux et variés. Du restaurant Camarguais d'où l'on repart avec une photo au restaurant le Blue Bayou, ambiance Louisiane où l'on mange un jambalaya sur fond jazz, en passant par La Commenderie des Antonins où l'on apprend à connaître la cuisine du moyen âge et enfin pour les grandes occasion, Christiant Tetedoie, avec charriot de fromages, charriot de desserts, serveur attitré, sommelier personnel (soupir)...


   Lyon c'est aussi les bouquinistes du dimanches sur les quais grâce auxquels on peut tomber sur un livre qu'on a lu quand on avait dix ans, qu'on a adoré, mais qu'on n'a jamais plus retrouvé, c'est les murs peints qui représentent une bibliothèque géante, un décort de théâtre ou les lyonais célèbres- des frères Lumière juqu'à Bernard Pivot.


   Oui ! Parce que nous sommes dans la ville où le cinéma fut inventé. Et là chacun trouve son plaisir. Car il n'y a pas deux petits cinémas  minables ne passant que les films à gros budgets et en VF. Non, il y a toutes les nouveautés, en VF ou en VO, mais aussi des documentaires, des retrospectives, des avant-premières avec présence des acteurs ou réalisateurs. Malgrés tout, j'ai manqué Clint Eastwood, David Lynch, et Dario Argento.  Ils étaient à quelque mètres de moi, dans ces salles de cinéma où l'on pourrait passer sa vie.



    J'ai passé vingt trois ans en Bretagne et deux ans et demi à Lyon et je me sens bien plus Lyonaise que Lorientaise. Mais voilà, je vais devoir m'en aller car l'Education Nationale, qui présente beaucoup d'avantages, a le défaut de muter les gens loin de chez eux. Et Princesse étant en Seine et Marne, je vais devoir dire au revoir (et non adieu) à cette ville que j'aime tant.


   Au revoir les trams et le métro tranquiles. Au revoir la Part Dieu et tous ses magasins, au revoir le Crayon, au revoir les librairies, au revoir le vieux Lyon et les promenades qu'on y faisait, au revoir Nardone et ses glaces à se damner, au revoir Lyon II, fac géniale aux cours géniaux, au revoir les 40 C° dans le salon en plein été et les scéances de ciné à l'Institut Lumière, au revoir, mais à bientôt car je reviendrai, c'est une certitude.
 
 
 
Shalimar.

Chopin

le 08/03/2008 à 14h31




  




   Evidemment, Chopin, ce n'est pas Cindy (il se retournerait dans sa tombe le pauvre) et ce n'est pas non plus Noir Désir, même si j'adore ce groupe.


  




   Chopin, je l'ai découverts quand j'avais six ans. Je suis allée demander à la dame de la bibliothèque si je pouvais emprunter une cassette de "Chopine". Elle n'a pas compris tout de suite. Il a fallu que je lui montre une cassette du concerto n°1, pour qu'elle me dise: "On dit Chopin, et oui tu peux l'emprunter, mais tu sais il n'y a pas de chanson." Oui merci, je sais ce que c'est que la musique classique. A six ans déjà j'adorais le piano et, comment dire, même si je ne connaissais pas le nom de tous les compositeurs, de voir un piano sur la jaquette de la cassette m'avait fait comprendre que j'allais pouvoir entendre de la musique au piano.


  




   Le matin, on n'avait pas le droit de se lever avant neuf heures et demi et moi j'étais réveillée souvent vers les sept heures. Alors, je lisais, ou j'écoutais mon walk-man.


 


   Je crois que ça a été l'un des pus grand choc artistique de ma vie. Je sais qu'on pense qu'à six ans ce n'est pas possible, mais je vous assure que si. La cassette a tournée en boucle pendant les quinze jours que durait le prêt. Lorsqu'il a fallu la rendre, j'avais le coeur serré et en même temps, j'avais hâte d'en emprunter une autre et aussi d'aller voir aux rayon livres s'il y en avait qui parlait de ce Chopin. J'ai trouvé une biographie bien sûr. Et là, je me suis dit que le monde était vraiment étrange parce que j'étais justement en train de lire La Marre au Diable de George Sand. Et l'on sait bien que Chopin et Sand ont vécu une histoire d'amour ensemble. C'est l'un des premiers couples sur lequel je me suis attendrie, bien avant Roméo et Juliette, que je ne connaissais pas encore du reste.




   Le temps a passé, et vingt ans plus tard je connais l'oeuvre de Chopin sur le bout des doigts, même si malheureusement je ne peux plus jouer de piano à cause d'une fracture du scaphoïde (le pouce). J'aime aussi Shuman et puis Mozart comme la petite Sarah de Jean-Jacques Goldman, j'aime Dvorâk, Vivaldi, Beethoven, Verdi, Brahms, Liszt, Shuber, Malher etc. Mais Chopin reste mon compositeur préféré, sans doute à cause de sa fragilité, de la façon qu'il avait de jouer du piano en appuyant à peine sur les touches, de ces préludes qui font chavirer mon coeur, de ces études qui m'emmène loin du monde...




  Etrangement, je n'ai aucun CD de Chopin, alors que j'ai des dizaines de CD de Mozart.




   Puisqu'on parlait de musique, j'ai voulu parler de ce pianiste qui s'accorde si bien avec la lecture des poèmes de Victor Hugo. Ma vie est étrange, je souffre souvent sans savoir ce qui me fait souffrir et ces deux hommes me donnent du répis. Ils sont pour moi des pères d'adoption. Je n'ai plus le mien depuis treize ans déjà. Le 20 de ce mois cela fera exactement treize ans que je ne l'ai plus, qu'il s'en est allé. Ce jour là, je vous raconterai qui il était. Je lui ai déjà rendu un hommage sur ce blog, mais rien ne m'interdit de parler de lui à nouveau. Les hommes sont des monstres, mais il existe des génies parmi eux. Chopin en est un.

 

 

Shalimar.

Au secours! jetez la!

le 04/03/2008 à 20h45

 


 


"Céline c'est Céline, Cindy c'est Cindy"


Elle, c'est ma nouvelle star rien qu'à moi: Cindy Sander !!!!!! En fait, Cindy Braun née en Moselle, mais c'est tout de suite beaucoup moins fun. Mais mon dieu qu'elle est grave. Je sais que c'est pas gentil de tirer sur l'ambulance, mais là, là, LA!!!!!!! Pour voir le phénomène: http://fr.youtube.com/watch?v=Z4tQVJz4Hn8


D'abord le look... AAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHH!!!!!!!!! Les cheveux blonds mal teints avec le gauffrage intégré, total look bal musette fin années 80! Les fringues Pimkie complètement démodées dès que tu les as achetées, la doudoune complètement out, le maquillage que même mes élèves elles osent pas se peinturlurer comme ça... Faut absolument tenter le relooking Evelyne Thomas, pas d'autre solution...


Ensuite, l'interprétation, entre Mireille Matthieu et Michelle Torr, très moderne. Un choix de chansons au top de la branchitude: "Et c'est parti pour le show, everybodyeeuuuuuuuuuuuu!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!" Mais je rappelle: Cyndi, c'est Cyndi! Fuck Céline! tu remballes René et tes millions de dollars, tu repars dans ta cabane au Canada, Cyndi Sander arrive et ça va décoiffer.

Et le fan-club! Le fan-club! Même les fans sexagénaires de Johnny qui se réunissent à la MJC de Montceau-les-Mines (tous les samedis entre 16 et 18 h: il faut apporter des petits gâteaux et des boissons) sont tout de suite moins graves.

Mais j'oubliais ses danseuses, à la tenue éminemment classe et seyante. Les Claudettes, c'est du Dior à côté! Dans une mise en scène digne du spectacle de fin d'année d'une école maternelle, Cindy nous montre la plénitude de son talent, la quintessence de son répertoire "I am euuuuuuuuuuuuuuulivvvvvvvvvvvvvvveeeeeeeeeeee!!!!". Céline, tu peux aller te rhabiller: Cindy déchire tout!

Et puis son mac! Pardon son mec! Evidemment c'est aussi son manager et il est aussi grave qu'elle, voire plus. Il lui a peaufiné son look. Ah ben bravo! Il est tellement classieux son look. Mais rentre chez toi vieux! Comment veux-tu qu'on la prenne au sérieux avec cette touche ? C'est toute la chanson française que je ne peux pas sentir, à la Franck Michael, à la Frédéric François: ringarde et complètement beauf. Mais on peut mettre les Pagny, Fabian, Maé, Sanson dedans: c'est d'une ringardise! Tu vas en Grande-Bretagne, les stars c'est Pete Doherty et Amy Winehouse. Certes ils sont un peu souvent en cure de désintox mais ils ont le talent et ils osent, ils ont un tel style et ont déjà écrit des classiques. Nous, c'est encore le règne d'une variétoche complètement périmée et inécoutable.

Alors évidemment, je ne lui veux aucun mal à cette pauvre Cindy, elle n'y est pour rien; elle a un rêve, elle aimerait le réaliser et c'est plutôt touchant. Mais elle est le symptôme d'une scène musicale sinistrée, où on a remplacé le talent et l'engagement par la performance vocale, pratiquement devenue une performance sportive. Le règne des gueulardes, des ringards et des has-been est loin d'être terminé...

Molki 

 

Tu nous manques Bertrand...

le 26/02/2008 à 23h38

 

 

Et comme les illusions croulent
Je pouvais pleurer tout mon soul
Attendons seulement le soir
Personne ne peut nous voir

 

    Noir désir a bercé mon adolescence. Le fait divers que tout le monde connaît m'a sidérée: comment ce type, qui pour moi avait tout compris sur notre putain de société et avait réussi à mettre des mots dessus, comment ce type avait pu faire cela ? Comment avait-t-il pu frapper cette femme, cette actrice - que j'aimais beaucoup en plus - , et la laisser mourir, sans intervenir ?

 

    J'ai mis du temps à pouvoir réécouter la voix de Bertrand Cantat, beaucoup de temps. Mais aujourd'hui, je l'écris, je l'affirme, je l'assume, je le hurle: il me manque terriblement, Noir Désir me manque atrocement. La situation de mon pays me donne envie de vomir, la situation mondiale, n'en parlons pas...  Ce président fantoche et insupportable, ce gouvernement pourri et ses lois iniques... Bertrand aurait trouvé les mots, le tempo pour me dire, me crier, me chuchoter toutes ces révoltes, dézinguer toutes ces ordures, vomir la saleté qui nous imprègne...

 

We can keep that beast away it still lays in its gore
We'll never stand fascism anymore
No way out no miracle, just stop it your blood
Has your neighbour really understood ?!

 

    Il était un peu une conscience, une petite porte de sortie, l'ultime vigilance. Il n'est plus là et le vide est insondable...

 

Pyromane à temps complet
J'ai mis l'feu à tout ce que j'ai touché

 

    Je me rend compte que Cantat était une sorte de médium moderne, un Cagliostro décodé trop tard et qui en a fait pleurer des ados écorchés dans leur chambre !!! Je ne peux excuser son geste, je ne connaîs pas l'homme. Mais l'artiste avait (a ?) un talent insensé pour emboîter les mots, pour marier rock dément et poésie survoltée, plus qu'inspirée. Ses combats sont toujours mes combats. Contre la bêtise, le fric roi, le pouvoir qui salit, le libéralisme triomphant, le sarkozysme écoeurant, la vie qui vous porte mais peut aussi vous briser, la révolte qui enflamme et qui brûle...

 

qui a miné la base
qui a fait sauter l'pont
qui avait disposé
du ciment sous les plaines
qui savait au debut
qu'il y aurait une fin
qui êtes vous messieurs-dames
pour me parler comme ca ?



dieux des spasmes
fils de rats
reines de coeur
fous du roi

   

     Il avait tout compris, mais l'avons-nous assez écouté ??? Le savait-il, lui qui nous avait donné l'ultime conseil: "soyons désinvoltes / n'ayons l'air de rien" ? Non, ce n'est pas encore le Grand Soir, c'est peu de le dire.

    Le pire, lorque j'observe mes élèves, lorque je les écoute, c'est ce manque de rêves. Ils n'ont plus de rêves, un peu fous, un peu incroyables. Plus d'imagination non plus: c'est trop long de rêver. Alors notre omniprésident (pour ne pas dire notre supertyran), ils l'adorent: il est inconséquent et, grâce à lui, pas besoin de beaucoup penser. Lui non plus, il ne réfléchit pas, il court !!!

 

On peut toujours saluer les petits rois de pacotille
On peut toujours espérer entrer un jour dans la famille
Sûr que tu pourras devenir un crack boursier à toi tout seul
On pourrait même envisager que tout nous explose à la gueule
Autour des oliviers palpitent les origines
Infiniment se voir rouler dans la farine

 

    Alors, voilà, notre nouvelle idole n'est pas un beau corsaire écorché vif qui dépiaute nos souffrances intimes, mais bien un beauf au sourire carnassier, à la rolex vulgaire, à la nana disqueplatinée et topmodelisée, au courage vachement relatif et à la grossiereté très assumée... Ouais... Il faut tenir et se retenir pour ne pas exploser, pour ne pas hurler son dégoût et son amertume des fins de batailles. Et se répéter, sans cesse:

 

I'm lost but I'm not stranded yet

 

    Tu nous manques Bertrand, et c'est dur parfois d'être seule et de ne pas apercevoir d'horizon...

Molki

Comme un roman

le 06/02/2008 à 13h48

  

   Je n'ai aucun regret d'avoir raté le festival d'Angoulême, aucun des auteurs que je voulais rencontrer n'aurait été en mesure de me faire une dédicace et celui que j'ai découvers le samedi après-midi (fiévreuse et toussant comme une tuberculeuse): Ludovic  Debeurme (Lucille, Ludologie etc.) -qui a quand même obtenu le prix Goscinny en 2006- j'irai le voir l'année prochaine. Il m'a tout de même fait une dédicace par l'intermédiaire de Princesse, qui est allée seule au festival. Mais, je ne le connaissais pas encore assez bien. C'est ma faute, ça fait des mois que Lucille était sur l'étagère de ma bibliothèque et il y avait encore le cellophane quand j'ai entrepris sa lecture sur les conseils de Princesse... En même temps, je ne peux pas tout lire et je ne pourrais probablement pas lire tous les livres qui se sont tranquillement installés chez moi, même si demain je cessais toute autre activité et que je m'y attelais sérieusement.

  

   Il fallait quand même faire passer la pilule de ce week-end passée seule avec mes chats, malade, loin de la folie BDesque (snif). En chemin pour Fontainebleau, j'ai acheté (avec de l'argent que je n'avais pas) Comme un roman de Daniel Pennac. Vous savez, les dix droits du lecteur etc. Ca faisait très longtemps que j'avais envie de le lire. Je me souviens même qu'à la bibliothèque de mon école primaire, il y avait ces fameux "droits du lecteur" affichés sur la porte. Je l'ai acheté, je l'ai ouvert, je l'ai lu, je l'ai refermé. En temps réel, ça m'a pris deux heures. Je me suis marrée, j'ai cru au miracle, je me suis sentie inspirée (en tant que future prof de français). C'était beau.

  

   Le thème principal ? La lecture évidemment et "le jeune qui se trouve en difficulté face au livre qu'il doit lire pour hier et dont il doit faire une fiche de lecture alors qu'il en est à la page 48 sur 400 environ". Vers la fin, on aborde ceux qui sont au bord du gouffre, qui "pensent" qu'ils n'aiment pas lire et qui miraculeusement "re-découvre" le plaisir d'une bonne histoire grâce à un professeur qui leur lit Le Parfum à haute voix et en entier. Je crois que c'est un peu utopique, mais c'est beau de rêver. Et même si j'ai du mal à imaginer que le miracle puisse se produire, j'ai adoré. J'aime toujours les livres qui ont pour sujet la lecture, le lecteur, les livres. Il y a cependant une certaine catégorie de ces livres qui tourne en rond. Parce qu'elle cherche à tout prix à nous expliquer ce qu'il faut faire pour que tout le monde se remette à lire. Comme si c'était une obligation. (Je rappelle que par principe, on a plutôt tendance à vouloir faire ce qui est interdit, que ce qui est obligatoire, pur esprit de contradiction). C'est un serpent qui se mord la queue, parce que ces livres sont lus par ceux qui lisent et s'adressent à ceux qui ne lisent pas. Je déteste cette catégorie de "méthodologie du réapprentissage de l'amour de la lecture". Comme si l'amour s'apprenait...

  

  

   Là où j'accroche, c'est quand l'auteur nous raconte SON amour de la lecture, sans pour autant vouloir nous transformer en rat de bibliothèque. C'est le meilleur personnage auquel on puisse s'identifier, nous lecteurs. On se reconnait dans la grande aventure des Livres. Ceux qu'on apprivoise, ceux pour lesquels ont part en chasse, ceux qui nous obsèdent, ceux pour lesquels on se ruinent, ceux qu'on rejette, ceux qu'on voudrait gravire comme l'Evrest (Ulysse de Joyce) mais contre lesquels on se sent tous petits, pas assez aguerris. Là où Daniel Pennac a fait fort, c'est qu'il a réussi à parler de son amour de la lecture tout en donnant l'impression qu'il était facile de rendre à un non-lecteur la possibilité d'entrer dans le monde merveilleux de la littérature. Si cet ouvrage tombait, par hasard, dans les main d'un non-lecteur, peut-être celui-ci se mettrait-il à lire. Peut-être. En tout cas, moi, ça n'a fait qu'allonger ma liste des romans à lire qui est déjà si longue...

LES DROITS IMPRESCRITIBLES DU LECTEUR

1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.

  

Bonne lecture.

Shalimar.

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