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Nous sommes le 20 mars 2008 et ça fait exactement treize ans que mon père est parti.
Je ne vais pas faire un article plein de larmes, je vais déjà essayer de faire un article sans faute d'orthographe lol. Disons que je vais vous raconter une histoire qui a commencé le 2 juillet 1994.
Ce jour-là, je me suis levée tôt bien que nous soyions en vacances. Ma valise était prête et moi aussi. Prête à partir très loin, à Chantemerle-les-Blés où mon père vivait avec ma belle-mère et ses deux fils, Pierre et Frank. Après avoir regardé une dernière fois un épisode de Superman et été chercher du jambon chez Marie (berk), ma marraine et son Herbert sont venus pour m'emmener de Lorient à la gare de Paris. Quatre heures de voiture pendant lesquelles on a écouté Anaïs et Didier Barbelivien (eh, c'était en 94 ! et moi j'avais douze ans et demi). Il faisait beau et chaud. C'était vraiment le début de l'été mais aussi le début d'une nouvelle vie. J'étais parvenue à ce que mon père ait ma garde et que j'aille vivre chez lui. C'était le plus beau jour de ma vie et je trépignais d'impatience.
A Paris, j'ai pris le train qui allait à Valence. Je me suis mise du côté de la fenêtre parce que j'étais encore sensible au charme du paysage qui défile vue que je n'avais pratiquement jamais quitté mon bled. Un grand noir s'est assis à côté de moi et nous avons passé le voyage ensemble. Je lui ai montré quelques trucs de solfège parce qu'il voulait apprendre la guitare et il m'a prêté un livre qui racontait l'histoire d'un petit garçon d'Afrique qui passe toute sorte d'épreuves pour devenir un homme. Quelques heures plus tard, j'arrivais à la gare de Valence. C'est Pierre que j'ai vu en premier. J'ai crié son nom bien qu'il ne puisse pas m'entendre, tellement j'était surexitée. Le grand noir m'a aidée à descendre ma valise et j'ai rejoins mon père, Patricia et Pierre. De mon point de vue, c'était la grande aventure, du point de vue de mon père, même s'il devait être content de retrouver sa fille aînée qu'il ne voyait pas beaucoup, j'étais là parce que je faisais beaucoup de conneries et qu'il était temps de remettre les pendules à l'heure.
J'avais déjà passé les vacances de février dans leur maison de Chantemerle avec mon frère et ma soeur. C'était d'ailleurs ce qui m'avait décidée à vouloir quitter Lanester, ville insignifiante, vie de merde, collège de merde, pour cette maison tout droit sortie d'un conte de fées, avec autour, un paysage de collines, de champs, de vergers, des maisons aux tuiles rouges (j'ai gardé cette fascination pour les tuiles. En Bretagne on a de vilaines ardoises grises et c'est très déprimant). J'allais habiter à la campagne et je trouvais ça trop géniale. Quand je sortais me promener je me faisais toute sorte de films. Bref, c'est pendant les vacances d'hivers que j'étais tombée amoureuse de cette maison du Grenouillet et de ce qui l'entourait. A mon retour chez ma mère, je n'avais ressentie que plus fort la médiocrité de ma vie et j'étais tombée en dépression jusqu'à sauter pa la fenêtre de ma chambre. C'était ma première tentative de suicide et je crois que c'est qui a décidé mes parents à agire et à m'envoyer chez mon père. Mon plus gros problème était le collège où je vivais un enfer et je ne supportais plus de vivre en ville après avoir eu un aperçu de ce qu'était la campagne. Et mon père me manquait. Je ne le voyais presque jamais et d'avoir passé quelques jours avec lui m'avait fait comprendre à quel point j'avais besoin de lui. Il était déjà malade et inconsciemment je pressentais qu'il n'allait pas vivre encore très longtemps, qu'il fallait que je profite du temps qui restait. Même si une autre partie de moi imaginait que je partais vivre chez lui au moins jusque mes dix-huit ans. Ma mère et moi traversions une période difficile de disputes très fréquentes. Qu'elle ne croit pas que je ne l'aimais pas, ou moins que mon père, mais elle ne pouvait me manquer puisque j'avais toujours vécu avec elle et son caractère et le mien ont toujours été incompatibles. Je m'excuse d'être partie sans lui dire au revoir ce 2 juillet. Je n'avais que douze ans. Aujourd'hui, ça ne se déroulerait pas de la même manière.
Au bout d'une semaine, Pierre et Frank, âgés respectivement de quatorze et dix-sept ans, partaient chez leur père et je me retrouvais seule pour un mois avec mon père et ma belle-mère. Le plus beau mois de ma vie. La solitude n'était pas du tout un problème. Je me réveillais vers les six heures du matin, je prenais le vélo de Frank et j'allais faire de longue promenades pour revenir vers neuf heures, heure du petit déjeûner. Mon père m'emmenait avec lui au PMU faire son tiercé, je regardais les dessin-animés du Club Dorothée avec un gros coup de coeur pour Sailor Moon. Pendant ce mois de juillet, j'ai fouillé la maison de fond en comble sur un fond de Rondo Veneziano, Richard Clayderman et Céline Dion. J'ai lu des tas de bouquins, des Six compagnons en passant par Torey L. Hayden et le journal d'Anaïs Nine. J'ai regardé Jalna, Emilie ou la vrai vie, Les gens de Mogadore, Coeur Brûlés et même Les Feux de l'Amour avec ma belle-mère tous les après midis. On est pas difficile quand on a douze ans. J'ai découverts les livres à l'eau de rose, j'ai fais des promenades dans la région avec mon père et ma belle-mère et je ne cessais de m'extasier intérieurement sur le paysage. On m'a inscrite à la piscine et l'odeur de la crème solaire que j'avais restera toujours comme une madelaine de Proust pour moi. J'étais seule, mais je vivais des aventures toujours plus incroyables les unes que les autres. A l'époque, je parlais seule à des gens qui n'existaient que dans mon imagination et je faisais semblant qu'ils étaient réellement avec moi. Et puis je me lançais des défis, à la piscine: rester le plus longtemps possible sous l'eau, à vélo: faire les côtes les plus abruptes sans poser le pieds à terre et puis il y avait une vieille jument blanche que j'avais décidé d'apprivoiser comme Crin Blanc. Mais surtout j'avais beaucoup de choses à faire avec les six compagnons de la Croix-Rousse. Car je faisais indubitablement partie de leur bande et on était bien sept à piquer des pêches dans les vergers.
Le mois suivant, mon frère et ma soeur sont venus en vacances et Pierre et Frank sont revenus de chez leur père. Nous étions donc cinq. Pierre a pris la place de mes amis imaginaires dans mes grandes aventures. On a passé un mois d'août génial. On allait à la piscine, on regardait des films le soir avec Patricia qui avait un rire très communicatif. On l'adorait même si parcontre, j'ai un très mauvais souvenir de ses boulettes de viande.
Septembre est arrivé et la rentrée des classes aussi. Mon frère et ma soeur sont repartis. Mon père m'a acheté un vélo, des fournitures scolaires toutes neuves, j'étais inscrite au collège du Pendillon à Saint-Donas sur Herbasses. Pour la première fois de ma vie, je me suis faite des amis à l'école. Surtout Aurélie Thenon appelée Crapouillot. J'ai eu un succès immédiat quand les autres ont su que j'étais la "demi-soeur" de Pierre Derrick. Il était passé dans ce collège avant moi et, les filles étaient toutes amoureuses de lui, les garçons en admiration devant le fait qu'il soit passé devant le conseil de discipline trois semaines seulement après la rentrée. Trop fort
. Moi aussi je l'adorais mon "demi-frère", même si des fois on se diputait. Et j'adorais aussi Frank qui était si sage et sur lequel on devait absolument prendre exemple...
En novembre, il a fallu quitter la campagne pour la ville car l'état de mon père s'était agravé et j'avoue que j'ai pleuré de quitter cet endroit que j'amais tant, où tous les jours je me disais que j'étais la fille la plus heureuse du monde. J'ai pleuré de quitter le Grenouillet, le Pendillon et ma meilleure amie Aurélie. On est allé vivre à Bourg-les-Valences, 17 avenue Jean Moulin, Résidence du Parc et je me suis retrouvée inscrite au collège Saint Anne. Là, je n'ai pas du tout eu le même succès que dans le collège précédent et j'ai repris l'habitude de raser les murs, de passer tout mon temps au CDI. Je me souviens avoir lu La Cicatrice de Bruce Lowery en salle de permanence, en essayant de paraitre invisible. Seul point positif, j'habitais en face de la bibliothèque municipale. Mais quand je dis en face, c'est vraiment en face. C'est-à-dire que le bâtiment que je voyais par la fenêtre de ma chambre c'était la bibliothèque et que je n'avais qu'à traverser la rue pour y être. J'ai découverts Virginia C.Andrews avec Fleurs Captives. Ca m'a aidé à tenir. J'ai relu La Petite Princesse et bien sûr, j'ai retrouvé mes six compagnons.
Le lundi 20 mars, je suis rentrée de l'école à quatre heures et mon père, qui venait de passer une semaine à l'hopital était de retour. Mon grand-père m'a dit queje ne pouvais pas l'embrasser et qu'il était sur le "fil du rasoir". Je n'ai pas voulu savoir ce que "le fil du rasoir" voulais dire et je suis sortie faire de la bançoire jusqu'au repas.
Mon père est mort pendant le repas. Je n'ai pas pu lui dire que je l'aimais, que j'étais désolée de faire tout le temps des conneries.
Ce soir, à 19h30, ça fera exactement treize ans que je vie sans lui.
Papa, tu me manques. Je voudrais pouvoir te parler. J'ai essayer trois fois de te rejoindre et je n'y suis pas arrivée. Même la fois où j'ai sauté du pont Saint Christophe. Je voudrais savoir si tu approuves ma nouvelle vie. Je voudrais savoir si tu aurais aimé Cécile. J'ai fait mon deuil, mais j'avoue que je pleure encore de ne pouvoir te prendre dans mes bras, de ne pas pouvoir dire papa, de ne pas pouvoir t'appeler. En même temps, je suis fière d'être ta fille et je t'admire plus que n'importe qui. Tu es la personne la plus intelligente que j'ai connue dans ma vie. Je pense qu'on se ressemblait par certains côtés, comme Séverine et Jean-Christophe te ressemblent aussi à leur manière. Cet article est pour toi, pour que tu vois comment j'avais vécu cette période passée chez toi.
Ta fille qui t'aime,
Audrey